lundi 12 avril 2010

9 - 10 : L'étoile flamboyante


9 – 10

- « Psitt ! Psitt »
Là, il avait percuté. Il tenta de se ressaisir pour ne pas combler d’aise ses affreux cousins s’ils se présentaient.
- « Eh, toi, pourquoi es-tu si triste ? »
La voix émanait de la brèche dans le grillage du voisin. Léon sursauta tandis qu’une tête apparaissait. D’instinct, il recula.
- « Ne crains rien. C’est pour rire. Je me nomme Sarah. Toi, tu es Léon. J’ai entendu ton père t’appeler, il a une voix qui porte. Il est vrai que je t’ai prêté davantage attention depuis que tu m’as offert les roses de votre jardin. Tu as dû te faire sacrément enguirlander pour cela, mais je dois avouer que j’ai compris ton message. Je l’ai estimé très romantique… Voyons-nous demain vers la même heure si tu veux, maintenant ma mère m’attend. »
L’adorable gamine s’était dissoute dans le lierre. Léon resta interloqué par cette rencontre impromptue et singulière. Aussi muet après que pendant, il retourna rassurer les siens de sa présence.

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lundi 5 avril 2010

9 - 11 : L'étoile flamboyante


9 – 11

Auguste vit Léon se transformer en une semaine. Au début, il pensa que ce changement était dû à la mort de Nestor mais les absences répétées de son frère finirent par attirer son attention. Léon multipliait les escapades en solitaire, il semblait absorbé, son esprit vacquait ailleurs lorsque l’on s’adressait à lui. Il était déconcentré, rêveur plus que d’ordinaire. Ce ne fut qu’au terme d’une discussion dominicale qu’Auguste était parvenu à tirer cet étrange aveu de son cadet : « il avait rencontré une étoile, une étoile flamboyante », ce qui ne l’avait ni aiguillé, ni convaincu.

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lundi 29 mars 2010

9 - 12 : L'étoile flamboyante



9 – 12


Auguste fut puni pour avoir poussé Gérôme dans l’escalier alors que celui-ci se pressait d’aller uriner à l’étage inférieur. Le petit gros avait tournoyé avant de s’assommer sur une plinthe. Il était parti geindre. La preuve gonflait sur son front en forme d’œuf de caille. La tante Giselle avait claqué durement son neveu. Ensuite, Adèle s’en était mêlée et les paroles dégénérèrent entre les deux femmes qui s’agrippèrent par leurs tignasses. Les pères accoururent dans l’espoir de les maîtriser. Malencontreusement l’un voulu ouvrir la bouche et l’autre décida de lui fermer le clapet. Les corps se heurtaient du plus jeune au plus ancien et rebondissaient sur les murs comme pour reprendre l’équilibre permettant de nouvelles ruades. Les coups de poings remplaçaient les claques, les ouille ! et les aïe ! occupaient l’espace sonore. La scène ne prit fin que l’éreintement général survenu.
Chacun rentra chez soi, l’œil au beurre noir, claudiquant, revanchard bien qu’épuisé.

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lundi 22 mars 2010

9 - 13 : L'étoile flamboyante



9 – 13


Auguste laissait battre son pied contre le montant du lit. Il observait son frère plier sa chemise sur la chaise en bois dans un recoin près de la fenêtre.
- « Dis-moi Léon, que voulais-tu dire en parlant d’une étoile flamboyante ? As-tu vu une comète le soir où tu pleurais dans le jardin ? »
Léon fit volte-face et offrit des iris étincelants de mystère. Il fixa son frère et alla s’asseoir contre lui après avoir longé le mur couvert de posters d’animaux sauvages blanchis par les agressives après-midi ensoleillées. Désormais, les deux tapotaient en cadence le bas du lit avec leurs talons.
- « Non, je n’ai pas assisté à la montée de l’âme de mon lapin au paradis. J’ai juste rencontré la fille des voisins. »
- « Je ne crois pas la connaître. Me voilà au parfum de ton amourette. Est-elle jolie ? »
- « Je ne sais pas. En tout cas elle réfléchit beaucoup. C’est elle qui m’a parlé de l’étoile flamboyante. L’étoile à cinq branches, celle des bons augures comme des mauvais. Paraît-il qu’elle dispense l’harmonie pour celui qui la repère. Je n’ai pas tout compris…»
- « Je pense surtout qu’elle t’a évité de trop t’apitoyer sur ton sort. Elle t’a donné l’espoir d’un destin moins angoissant. »
- « Je crois que tu te trompes. Je te la présenterai demain. Ainsi vous pourrez en discuter. En attendant, j’ai mal partout. J’ai hâte de m’allonger. »


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lundi 15 mars 2010

9 - 14 : L'étoile flamboyante


9 – 14


Sarah ne s’attendait pas à voir surgir Léon accompagné.
- « Voici mon frère Auguste. »
Elle sourit immédiatement en passant la main à travers le feuillage. Firmin et Gérôme arrivaient au loin et les garçons se tendirent.
- « Venez, passez le grillage. Nous serons mieux chez moi. »
Ils s’exécutèrent et s’évanouirent dans un bruissement de feuilles sèches. Sarah les invita à la suivre, elle fila vers un endroit où les protégeait une luxuriante végétation. Elle grimpa dans une cabane calée entre les arbres. Ils s’installèrent, essoufflés et grisés par leur course.
- « Vous semblez avoir de l'antipathie pour vos cousins...»
- « Ce sont des arrogants sans courage, des faibles et des sournois. »
- « Je ne les connais pas pour arbitrer mais je te trouve bien remonté contre eux. N’ont-ils pas au moins autant de griefs contre vous que vous en avez envers eux ? »
Auguste baissa la tête.

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lundi 8 mars 2010

9 - 15 : L'étoile flamboyante


9 – 15


- « Parlons d’autre chose si tu veux. C’est quoi cette histoire d’étoile que tu as raconté à Léon ? »
- « L’étoile à cinq pétales ? En fait, la nature du nombre cinq exprime la protection qu’apporte la connaissance. Le bien-être issu de la sérénité. La marque du divin qui s’accomplit dans la matière. »
- « Ton raisonnement est trop compliqué pour ma tête ! »
- « L’étoile est un symbole manifestant le nombre cinq qui est puissant dans la nature. »
- « Comment un nombre peut-il être puissant dans la nature ? »
- « Par exemple, regarde tes mains : tu possèdes cinq doigts qui te sont indispensables, n’est-ce pas ? Tu réagis par les signaux que stimulent tes sens qui sont eux aussi au nombre de cinq : la vue, l’ouie, l’odorat, le goût, le toucher. »
Les yeux d’Auguste s’illuminèrent.
- « De même pour les cinq groupes de vertèbres de ta colonne vertébrale : les cervicales, les dorsales, les lombaires, les coccygiennes et les sacrées. »
- « Sacré tu l’as dit ! C’est toi qui m’as l’air d’en être une sacrée ! Tu n’as pas plus simple ? »
- « Si : les couleurs. Les cinq ouvertures de ton visage : tes narines, ta bouche et tes oreilles. Les cinq continents. Je ne te parle pas des cinq premières races, encore moins des molécules de l’eau, etc. Bref, de tout ce qui fait que tu n’existerais pas sans ce nombre magique. »


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lundi 1 mars 2010

9 - 16 : L'étoile flamboyante


9 – 16


Auguste était scié par tant de science.
- « Comment sais-tu tout ça ? »
- « Mon père est passionné par les mathématiques et l’ésotérisme. C’est lui qui ma enseigné le pouvoir du pentagramme. »
- « Es-tu une sorte de sorcière ? »
- « Non. En revanche nombreux sont ceux qui ont péri dans les flammes d’un bûcher pour avoir discouru ainsi. »
Une chute étouffée fut succédée d’un gémissement.
- « Il me semble qu’un intrus vient de faire une douloureuse glissade ! »
Les trois se penchèrent par l’ouverture de la cabane. En bas, Gérôme se tenait la jambe pliée sous le menton et soufflait sur l’entaille superficielle qu’il s’était faite au genou.
- « La curiosité est un vilain défaut, dit-on » maugréa-t-il.
- « Quelle idée réductrice ! Au contraire l’indiscrétion et l’intérêt génèrent d’enrichissantes situations… »
Sarah souriait entre les grimaces.
Gérôme confus se réfugia derrière Firmin. Ce dernier défia l’assemblée perchée du regard. Il se campa solidement sur ses jambes et s’écria d’un air victorieux :
- « Les méchants sont là ! »
Il n’y avait pourtant aucun doute que son alter ego n’en menait pas large.


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lundi 22 février 2010

9 - 17 : L'étoile flamboyante



9 – 17

Sarah sauta la première sur la terre meuble. Elle se réceptionna élastique comme un chat. Dès lors, elle se trouva cernée par une tension désagréable tissée entre le clan d’en haut et le clan d’en bas. Elle se retrouva au centre d’une joute verbale incendiaire, des exhortations fusaient autour d’elle. Des invectives colériques. Les partis ennemis crachaient en sa direction des venins acidulés et fielleux qui finirent par l’ébranler. Elle se boucha les oreilles de ses mains, malgré cela, les propos vipérins la traversaient encore.
Ils ne purent que se taire. Sarah qui avait rassemblé ses forces, avait réussi à crier plus fort qu’eux :
- « Stop ! Êtes-vous devenus malades ? Pouvez-vous, ne serait-ce que m’expliquer l’origine d’une telle discorde ? »

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lundi 15 février 2010

9 - 18 : L'étoile flamboyante


9 – 18


Ils se taisaient. Chacun creusait sa mémoire pour déterminer la cause originelle de leurs tourments. Or ne resurgissaient que des scènes semblables à celle-ci. Pas un point de départ particulier.
Firmin conclut après un soupir :
- « Ça a toujours été ainsi. »
- « Voilà une cause mal définie ! »
- « Oui, mais notre père… »
- « Oui, mais notre mère… »
- « Oui, mais vous dans cette histoire, ne faites-vous que bêtement perpétuer un héritage de rancunes ? »
Ils s’épiaient les uns les autres comme pour sonder la lueur d’une réaction.
- « Ce serait malheureux ! Vous semblez vouloir vous juger sans vous connaître réellement. Ce conflit existant entre vos parents ne vous concerne pas. De mon point de vue, vous payez pour d’autres. Vous devriez avoir le courage de vous découvrir sous un jour nouveau. Plutôt que de vous enliser dans cette fâcheuse facilité, vous devriez chercher à remédier à la haine qui déchire votre famille. Comment pouvez-vous souhaiter vous épanouir dans un contexte aussi malveillant ? »
Silence.

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lundi 8 février 2010

9 - 19 : L'étoile flamboyante


9 – 19


- « N’avez-vous jamais songé à tenter de trouver l’harmonie ? Avez-vous seulement réfléchi à la manière dont vous pourriez rétablir l’équilibre au sein de votre maison ? »
Aucune manifestation.
- « Vous montrez peu de cœur et d’ambition à soigner vos parents. »
- « Et comment voudrais-tu que nous nous y prenions ? »
Le chien-loup assombrissait le ciel peuplé de créatures. Les herbes s’humidifiaient de la luisance de la lune. Sarah rayonnait d’une aura magnétique, ses cheveux sombres et soyeux s’électrisaient de suspense.
- « Comment ? »
Tous ces yeux ronds étaient captifs de sa voix.
- « Tout simplement en vous réconciliant. En faisant l’effort de la compréhension et de la tolérance. Comment ne ressentez-vous pas que ce sang qui coule dans vos veines doit vous unifier, vous renforcer ? Alors qu’ensemble vous pourriez construire, vous ne faites que perdre un temps précieux et une énergie vitale ! »


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lundi 1 février 2010

9 - 20 : L'étoile flamboyante


9 – 20


Auguste sauta de son perchoir. Il aida son cadet à le rejoindre. Vénus apparut dans un voile de nuage. Tous étaient manifestement accablés par ces paroles. Sarah leva les bras et les laissa retomber en une moue dubitative.
- « Mais pour changer, il faut se prendre courageusement par la main. Il faut s’entraider. En avez-vous le désir, la volonté ? Aurez-vous la générosité nécessaire ? »
Piqués à vif, les cousins la toisèrent avant de se radoucir. Gérôme murmura depuis l’obscurité :
- « Nous pourrions essayer ? »
- « Nous pouvons y parvenir ! »
Auguste s’avança vers Firmin qui desserrait à peine les dents. Ils se dévisagèrent et leurs mains s’élevèrent l’une vers l’autre avec une symétrie telle qu’on aurait cru un homme devant son reflet.

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lundi 25 janvier 2010

9 - 21 : L'étoile flamboyante



9 – 21

Ils se tenaient avec poigne quand un signal creva la solennité de l’instant.
Adèle lançait des appels désespérés depuis le potager :
- « Auguste ! Léon ! Où êtes-vous ? Auguuuste ! Léééooon !!! »
Puis un écho incongru répondit depuis le parc :
- « Firmin ! Gérôme ! Avez-vous vu l’heure ? Fiiirmin ! Gérôôôme !!! »
Théodore ne cachait pas son appréhension.
Les garçons se comprirent sans un mot. Ils remercièrent Sarah en l’embrassant et regagnèrent ensemble leur territoire.
- « Nous sommes-là ! »
- « Où ? »
- « Là ! »
Ils apparurent à la lumière des lampes à huile d’une Adèle et d’un Théodore suffocants.
- « Que vous a-t-il pris ? Êtes-vous sourds ou inconscients ? Qu’étiez-vous en train de combiner ensemble ? »
- « Nous étions en train de nous réconcilier. Nous avons gâché assez de saisons et de salive en vaines querelles ! »
Les adultes ne surent quoi riposter, sinon qu’il était l’heure de rentrer.
Sarah vit ses amis détaler en meute vers l’intérieur tandis qu’Adèle et Théodore traînaient au jardin. Elle pensa qu’il faudrait à ces jeunes une forme olympique pour affronter des caractères aussi butés que ceux de leurs aînés dont les voix faiblissaient en s’éloignant :
- « Je suis certain que tes abrutis de fils ont entraîné les miens ! »
- « C’est ça ! Faux cul comme sont les tiens, je ne serais pas étonnée qu’ils aient tout manigancé ! »
Une voix claire et quiète s’éleva effaçant leurs persiflages : il était temps pour Sarah de rentrer.

lundi 18 janvier 2010

10 - 1 : Prophétie




PROPHÉTIE

10 – 1

J’habitais au 6 rue du Cherche Midi, dans le 6ème arrondissement parisien, au 6ème étage : 666 - dire si j’étais prédestinée !

Je faisais le tour du pâté de maisons avec mon chien Monsieur lorsqu’un frisson désagréable me saisit. Un étrange courant d’air tournait autour de ma personne et semblait délibérément me suivre quelque soit la direction que j’empruntais.

Monsieur, la truffe collée aux pavés, était obsédé par les potins canins du jour. Je tirais sur sa laisse. Il leva à peine sur moi un œil rétif à la pensée du retour, pourtant, je fis en sorte de contourner l’îlot au trot. Le vent glaçait comme pour mieux me défier. Il virevoltait en ennemi insaisissable, s’échappait, prenait de la distance et resurgissait pour me fouetter de plus belle. Je me pressais pour me mettre à l’abri de ses gifles. Ce fut avec espoir que je me précipitais dans le hall de l’immeuble afin de fuir ses attaques sournoises. Il resta bloqué à la porte. Ivre de colère, il frappait et sifflait de manière infernale, ses cris filtrait par le bas de porte et s’insinuaient jusqu’à mes pieds.

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lundi 11 janvier 2010

10 - 2 : Prophétie



10 – 2

Je soufflais à mon tour, mais de soulagement, intérieurement apaisée par l’édifice en pierre de taille. Mon chien, libéré de sa laisse, détalait dans l’escalier tout en dérapages incontrôlés. J’ignorais le raffut et allais vérifier la boîte aux lettres (factures de ci, pub, facture de ça, pub…). À l’extérieur la tornade officiait. Aux étages supérieurs résonnaient les pattes de Monsieur en cours d’inspection. Bientôt mes pas s’ajoutèrent à cette cacophonie en se répercutant dans la cage d’escalier. J’arrivais essoufflée au terme du 5ème étage avec l’intuition que quelque chose d’anormal se tramait, je levais machinalement les yeux vers chez moi : quelqu’un y avait placardé une affichette représentant je ne savais quelle déesse, puis l’avait balafrée de peinture rouge. L’icône saignait dramatiquement sur ma porte d’entrée. De plus près, je pus constater que le visage du poster avait été soigneusement découpé et remplacé par une photomaton de… MOI !!!

Je demeurais bouche bée, tremblotante d’incompréhension, sidérée, alors que Monsieur vérifiait tous les paillassons. Je l’appelais, après une hésitation à affronter mon clone vénusien peinturluré de sang, nous pénétrâmes entre nos murs réconfortants.


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lundi 4 janvier 2010

10 - 3 : Prophétie



10 – 3


Assise, les jambes croisées, les mains impuissantes, je redoutais l’inconnu. Cette mise en scène malsaine m’inspirait de sombres pensées.

Qui avait bien pu faire cela ? Voilà à quoi se résuma le reste de l’après-midi, à chercher.

Quelqu’un qui préférait afficher son message aux yeux de tous plutôt que de prendre contact directement.

Quelqu’un qui avait travaillé en un temps record.

Qui ? Trop d’idées : pas d’idées.

La nuit était hantée par mon appréhension. Des lueurs folles venues de l’extérieur jouaient dans l’atmosphère épaisse de la chambre. Un silence rare et effrayant planait. Je me sentais épiée, traquée au cœur de la cible que pouvait être ma couche. J’enviais la sagesse des objets qui m’entouraient. Ils ne se laissaient pas happer par la crainte du mystère et du périssable. Sereins et présents, ils me renvoyaient mes émotions sans les partager. Ils m’obligeaient à relativiser l’événement. Au-delà du corps de l’objet vibre son âme silencieuse et complice de l’existence. Il assiste l’Univers sans le contrarier. L’objet n’est pas rebelle. Je le considérais tel un éveillé sous son apparente passivité. Il est composé de matières, il est traversé par le son, il bouge, il déménage, il est choyé ou délaissé : il vit. Or, quelque soit l’endroit où il est, l’attention qu’on lui porte, sa forme ou sa particularité, l’objet est utile. Qu’il aide au concret ou nourrisse le merveilleux, il sert sans manifester. L’objet est un allié qui n’envie rien aux praticiens de la méditation transcendantale, il devient indispensable sans jamais avoir marqué d’ambition personnelle. Il ne réagit pas même devant la mort, pourtant, et comme pour l’ensemble des créatures, un jour, il disparaît.


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lundi 28 décembre 2009

10 - 4 : Prophétie


10 – 4


J’avais refroidi sous la couette. Cette idée lugubre me projeta à nouveau devant le montage photo sur ma porte d’entrée que j’avais arraché au plus vite. Me revint en mémoire que j’avais fait des photomatons dans le métro, il y avait un mois environ, mais la machine n’avait rien voulu recracher et j’étais repartie sans cliché. Il est plausible qu’à force de coups de pieds, cette foutue machine ait fini par sortir le développement. N’importe qui aurait pu s’en emparer. Peut-être étais-je moi-même l’objet d’un fantasme, d’un délire. J’intéressais. Sans m’en douter j’avais pénétré le cerveau d’un autre. J’avais asservi un esprit, qui retranché dans son anonymat et condamné à mon indifférence, avait eu ce geste désespéré et un peu médiéval de venir clouer la chauve-souris sur ma porte. Cet appel depuis l’obscurité, telle une menace, un ultime recours, témoignait d’une faiblesse. On faisait ma publicité, je devais humblement me montrer digne ce cette reconnaissance. Je me calmais. Monsieur coursait son rêve à demi couché sur sa couverture jaune. Ses pattes arrières grattaient nerveusement le linoléum, les babines retroussées, il croquait le vide ou jappait, tandis que ses paupières s’agitaient sous ses poils. J’avais finalement sombré, meurtrie d’interrogations.


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lundi 21 décembre 2009

10 - 5 : Prophétie


10 – 5


13 heures, le lendemain.

L’heure où mon voisin de gauche sortait, l’œil collé, les plis d’oreiller décalqués sur les joues, pour aller acheter sa baguette et ses croissants.

L’heure où ma voisine de droite déjeunait de crudités et de yaourt en révulsant les yeux devant de journal télévisé. L’heure où le vieil algérien du septième, porte B, relisait, sans les comprendre, ses papiers administratifs. Au moment où le critique littéraire un peu sourd du 7ème, porte A, faisait du thé. Quand la femme du huitième arrosait ses plantes laissant son téléphone en appel en absence. Que le survolté de treize ans du neuvième ratait son cours de géographie et tuait ses ennemis virtuels en réseau. À la cave, les rats modifiaient leurs trajectoires en fonction des pièges qu’on leur avait dévolus. Au sommet, les charpentiers veillaient à la remise en état de la toiture, au-dessus : les oiseaux, les nuages, les avions. Alentour : le monde vu par l’homme. La somme, une planète : la Terre. Et puis tous ces univers hypothétiques qui germaient dans le compost de notre complexité et de nos complexes, des galaxies de questions et l’angoisse d’une réponse comme une sentence fulgurante. Résoudre c’est oublier. Ne pas souffrir c’est omettre la souffrance. Se perdre c’est potentiellement se retrouver. La vie doit être un égarement suivi d’un flash de lucidité.


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lundi 14 décembre 2009

10 - 6 : Prophétie


10 – 6


Quelqu’un venait de balancer un caillou contre ma fenêtre. Je n’osais m’approcher alors que j’aurais pu voir l’individu dans la cour. Il me fallut prendre sur moi d’avancer masquée par les rideaux pour ne finalement apercevoir qu’un mouvement qui filait vers la sortie.

J’ouvrais une fenêtre béante, me penchais au risque de chuter. Monsieur aboya un coup avant de se recoucher en boule.

Une pierre avait atterri dans la jungle de mes géraniums. Je décidais de la rentrer pour l’exposer à une observation minutieuse, je la déposais sur une feuille blanche.

Le petit galet était gravé. L’étrange symbole qui le recouvrait : un triangle barré pointe vers le haut rehaussé d’un point le faisait ressembler à une rune ou à un ogham, à une écriture géométrique ancestrale et énigmatique.

Nous vivons pour être contrariés. Le soleil brille pour tous mais n’obéit à aucun.

Le galet m’obsédait. J’ouvris tous mes dictionnaires, en vain.

J’étais certaine que le point marquait un sens de lecture. Ce symbole me disait quelque chose tout en demeurant insaisissable.

Je mixais les concepts qui bondissaient dans ma boîte crânienne. Je tournais et retournais le galet oint de ma sueur. J’ignorais l’article que je devais écrire. Comprendre, voilà ce qui gobait mes heures, analyser le message. Qui ? Pourquoi ? Combien de temps ? Je voulais savoir. Pourquoi ma vie changeait-elle depuis cette fameuse bourrasque ? Ma routine se transformait en attente. Les recoins familiers de l’appartement mutaient pour laisser s’installer une ambiguïté, une respiration régulière coulait des murs. Le temps ne s’imposait plus de la même manière, j’avais la sensation de me couper du monde ou de m’en laisser détacher, cependant, je n’étais pas seule, quelqu’un dehors pensait à moi.


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lundi 7 décembre 2009

10 - 7 : Prophétie


10 – 7


Le troisième jour.

Je me réveillais fatiguée par mes songes emmêlés. Le ciel bas et anthracite me fit allumer les lumières au lever. On aurait dit que la nuit succédait à la nuit. L’air sentait la pluie, l’humidité pénétrait mes os. Les nuages graves se rapprochaient de nos fenêtres et s’allongeaient en brume épaisse. Monsieur fit son tour avant l’ondée, normal, j’étais (pour une fois) munie d’un parapluie. À peine étions nous rentrés que l’eau lunaire cherchait à féconder le bitume. Les anges changés en gouttes tentaient de fertiliser les âmes urbaines. La joie des campagnes teintait de gris le moral de la ville, des cascades d’eau sale, des trottoirs comme des pataugeoires, pas d’horizon et pas de lumière, que des néons et des flaques aux reflets grotesques. Les pavés luisaient donnant l’impression d’une peau de serpent. Les voitures roulaient au pas, au rythme des essuie-glaces et projetaient des visions dans la lumière des phares.



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lundi 30 novembre 2009

10 - 8 : Prophétie




10 – 8

Mon pain était mou. J’avais préparé un thé au jasmin, je regardais au fond de ma tasse, mon œil s’y reflétait. J’avais la sensation d’être observée par cet œil sage et indifférent qui me laissait penser que cette eau primordiale précédait l’organisation du cosmos.

J’avais quasiment veillé tant j’avais composé de significations à la pierre messagère, or, là, j’étais précisément sereine. Elle ne me taraudait plus, cette histoire n’avait aucun sens...
Un coup retentit à la porte, suivi d’un second moins distinct. N’attendant personne, je n’osais réagir, puis, encouragée par un Monsieur fort de ses grognements, j’ouvrais avec une inspiration profonde. Le couloir était sombre et désert. J’allais allumer et jetais un regard par-dessus la rampe de l’escalier qui se lovait en spirale jusqu’en bas. Pas âme qui vive. De retour, je marchais sur une feuille de papier, je la ramassais. Un nouveau symbole. Je m’enfermais à double tour avant de poser le galet près de la feuille. Il n’y avait aucun doute, les deux coïncidaient, s’imbriquaient peut-être, se complétaient certainement. Un triangle dont la pointe va vers le bas. Cette géométrie harmonieuse m’inspirait la forme d’un sexe féminin.

L’orage continuait de sévir, les canalisations craquaient. Les doigts agiles de l’averse tambourinaient sur les vitres, tantôt dotés d’une sensibilité mélodieuse, tantôt intimant une rythmique libre comme les vents. Les gouttières, telles des gargouilles abstraites, crachaient des flots de paroles en hoquetant. Des vagues se créaient sur les façades luisantes. Les plantes bruissaient et réfléchissaient leurs vertes présences aux rebords des fenêtres. Vus du ciel, les parapluies poussaient en champignons multicolores et se déplaçaient dans un labyrinthe de ruelles. Les oiseaux ne chantaient pas. L’eau forte s’adoucissait, désormais, elle caressait avec magnétisme ce qu’elle pouvait atteindre. Au son du compte-gouttes, je notais la valeur des secondes en priant pour que la lumière revienne. La pluie poursuivait son errance en sifflant. Désormais, elle s’écrasait sur le sol avec mollesse. Les ténèbres étaient moins denses, les nues apaisées reprenaient de la distance. Les couleurs rutilaient. Les odeurs s’intensifiaient. Une lueur jaunâtre s’emparait de la ville tonifiée. Le jour se pointait à l’heure où la lune sortait de sa réserve, un jour en retard.


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lundi 23 novembre 2009

10 - 9 : Prophétie



10 – 9


Le quatrième jour.

J’essayais de reprendre une activité normale. Alors que ce rébus m’avait d’abord effrayée, puis absorbée, il commençait à s’instaurer en jeu codé du quotidien comme si j’avais pris plaisir à faire une grille de mots croisés devant une tasse de cappuccino et un carré de chocolat amer. En premier lieu : la déesse balafrée sur ma porte. Il devait s’agir d’un homme qui vénérait la femme au point de la trouver redoutable. La couleur rouge, celle du sang, de la menstruation, cette empreinte qui m’avait alertée, devait manifester sa peur de la vie, du courant alternatif, elle signait un état passionnel. Ensuite : le triangle tête en haut, traversé d’une ligne. Un personnage en robe ? Enfin : le triangle tête en bas, un réceptacle, un entrecuisse ? La femme était contée dans tous ses états, spirituelle (il l’avait déifiée), terrienne (il l’avait représentée telle une montagne rivée au sol, les bras en ligne d’horizon), sensuelle (il l’avait sexuée). Son esprit démontrait un goût pour la logique. Il n’avait pas dû choisir ce langage mathématique par hasard. J’échafaudais des théories invraisemblables issue de mon imaginaire dévorant. J’esquissais le portrait robot de mon prince de l’ombre. Il finissait par attiser ma curiosité. J’étais sur le qui-vive. Je succombais au charme de l’intouchable. L’intérêt que je lui portais, naissait de ma soif de savoir et de mon instinct aventurier. Il excitait mes sens et principalement le sixième. Il me fallait me frayer un chemin à l’aveuglette au gré des indices qu’il m’octroyait, pour tisser un réseau d’idées qui me rallierait à ses aveux. Nous vivions la genèse de notre relation. Genèse ou déluge ? Se formait entre nous l’embryon d’une connexion, un désir d’infini des possibles.


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lundi 16 novembre 2009

10 - 10 : Prophétie



10 – 10

Vers dix heures on me livra des fleurs, un rosier en pot. J’espérais que le livreur me donnerait une carte, un mot d’accompagnement, une pièce neuve au puzzle déjà composé, mais rien de la sorte ne lui avait été confié. Je le congédiais après l’avoir longuement défiguré. Son attitude grossière et désappointée m’avait convaincue qu’il n’avait pas d’autre rôle à jouer dans cette histoire. Embarrassée que j’étais par le lourd pot de terre, je le déposais tant bien que mal sur la table du salon. Fou d’enthousiasme, Monsieur créait un manège autour de mes jambes qui manqua de me faire perdre l’équilibre, résultat, par maladresse, le rosier fut ébranlé et alla se répandre sur le tapis. Je m’agenouillais dans la terre, les yeux levés au ciel et poussais un soupir d’irritation. Mes mains empoignèrent cette terre et son principe passif me calma. Sa douceur, sa soumission, la fermeté paisible qu’elle contenait me régénéraient. Je sentais l’humilité de l’humus. Je ressentais sa fonction maternelle, rassurante. Elle était celle qui donne la vie et qui la reprend, celle qui génère et celle qui digère. Encore un emblème de la fécondité ! La terre supporte tandis que le ciel couvre. Elle produit les formes vivantes. Elle fait germer les différences.

 
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lundi 9 novembre 2009

10 - 11 : Prophétie




10 – 11


Alors que je replantais tant bien que mal le rosier dans son pot, je découvris un papier roulé en cornet dissimulé entre les feuilles et les épines. Je l’extirpais en me piquant les doigts. Le nouveau symbole me fit immédiatement une impression de déjà vu, seul le sens déterminé par le point le différenciait du premier.

J’eus la vision stupide d’un panneau indiquant les toilettes des dames ; une femme stylisée avec un triangle en guise de robe. Cherchant à me protéger mentalement je souris. Entre mes mains, il devait s’agir de son alter ego, son pendant masculin. La carrure du personnage en imposait ainsi que la marque virile sous la ligne qui le ceinturait. Il se représentait enfin ! Ces deux pièces, si complémentaires, devaient s’imbriquer, se comprendre. Le petit Poucet se rapprochait à pas de loup. Plus l’intrigue avançait, plus sa présence s’intensifiait.

Je regroupais les indices sur mon bureau : le montage photo, le galet tel un presse-papier posé sur les feuilles encore mouchetées d’humidité et de terre, qui installaient progressivement cet inconnu chez moi. Je pouffais à la pensée qu’il disséminait ses objets dans la maison tel un amant qui aurait oublié son rasoir dans la salle de bain, me laissant une marque, une preuve de son passage clandestin. Puis j’avais trouvé mon romantisme inopportun et j’avais songé à me débarrasser de ces objets ensorcelés. Enfin, j’avais renoncé, secourue par la raison. S’eut été faire abnégation. Renoncer au dénouement. Impossible !


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lundi 2 novembre 2009

10 - 12 : Prophétie


10 – 12


Le cinquième jour.

Mes tartines de chèvre chaudes brûlaient à la cuisine. Je m’affolais, trop tard ! Les pompiers arrivèrent, précédés par leurs sirènes assourdissantes. Je soufflais sur la grille et dégageais avec peine le pain calciné. Un homme équipé escaladait la grande échelle. Il passait juste à mon niveau, son casque rutilait, le reflet d’un pigeon passait dans ce ciel de chrome. Que se passait-il donc ?

J’allais m’enquérir de la situation des maniques au bout des bras, auprès de la gardienne de l’immeuble ravie de se voir rejointe. Dans la rue s’exerçait une activité inhabituelle. Une foule s’était amassée et levait la tête, bouche bée, vers un habitat sous les toits de l’immeuble d’en face d’où s’échappait une dense fumée noire. La concierge cancanait pour elle-même. Nous assistâmes au triomphe des soldats du feu qui ressurgirent aussitôt un vieillard sur le dos et le descendirent sous un tonnerre d’applaudissements avant de le transférer à l’hôpital le plus proche.


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lundi 26 octobre 2009

10 - 13 : Prophétie




10 – 13


Je remontais sportivement vers mon appartement. Il y avait une feuille sur mon paillasson. Il était passé. Il m’avait fatalement croisée puisque je montais la garde au bas de l’immeuble avec Madame Kepassa. J’étais tellement prise par l’événement que je n’avais rien remarqué. Je n’y avais pas même pensé. Le roué ! Mais comment avait-il pu préméditer d’être là, au bon moment, pendant l’incendie ? Avait-il improvisé ou bien était-il aussi pyromane ? Monsieur déboulait vers ses croquettes, la queue frétillante. Je retirais mes maniques en réalisant l’absurdité de ma tenue et ramassais le papier sur lequel un triangle pointait vers le haut. Le point était l’unique indice différenciateur du premier triangle. Celui-ci était-il une Pyramide ? Un emblème phallique ? Il était l’heure de déguster la salade qui devait accompagner mes crottins. Je regardais vers la fenêtre et repensais au vieillard sauvé des flammes. "Trop gâteux pour éteindre son gaz !" Avait stipulé madame Kepassa. Le feu, cet élément ambivalent, qui réchauffait, qui cuisait, qui hypnotisait, qui purifiait, mais qui pouvait tout autant obscurcir, étouffer et détruire, partageait mes sentiments souvent contraires. Comme une flamme, je souhaitais m’élever mais, comme elle, j’avais tendance à vaciller. Deux paires de symboles : deux triangles simples, l’un tête en haut, l’autre tête en bas, plus les deux triangles barrés. Le yin et le yang ? Ou, peut-être, la pénétration du Yoni par Linga chez les hindous, autrement dit, l’équilibre créé entre l’eau et le feu ? Je me laissais porter par mon inspiration, or, la vision du vieillard me hantait, je ne pouvais me retirer de l’esprit que ce feu auquel il venait d’échapper, serait sans doute le même qui le dissoudrait bientôt au crématorium. Monsieur finissait sa gamelle. Je terminais mon assiette. Il me fallait consacrer l’après-midi à la rédaction de mon article. Je mettais de côté les élucubrations et me concentrais sur mon sujet. Le chien se motivait pour la sieste. Pourtant, assez tard, l’alchimie de mon cerveau m’illumina.

 
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lundi 19 octobre 2009

10 - 14 : Prophétie

10  – 14


Les tornades…Le jour venteux, c’était l’Air…L’orage…Le jour de pluie, c’était l’Eau. Le livreur m’avait apporté la Terre… Et l’incendie avait propagé le Feu… Le puzzle se composait subitement avec clarté, il s’agissait d’un des emblèmes les plus connus. Comment n’y avais-je pas réfléchi auparavant ? Le sceau de Salomon ! Six triangles équilatéraux inscrits dans un cercle, chaque côté de chaque triangle équivalent au rayon du cercle et six étant presque exactement le rapport de la circonférence au rayon. L’hexagramme constituait l’ensemble des éléments de l’univers. Les deux triangles superposés représentaient-ils l’humain en union avec le principe divin, ou encore, tel que je l’avais déjà analysé, le mariage des principes masculin et féminin ?

Je tentais de comprendre quel rapport existait entre le sceau et moi. La solution était brumeuse, pourtant, l’énigme figurait le nombre six et demain nous serions le 6 du mois. Coïncidence ou évidence ?
 
 
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lundi 12 octobre 2009

10 - 15 : Prophétie



10 – 15


Le sixième jour.

Mes rêves aux allures divinatoires m’avaient laissé un goût salé-sucré en bouche. Le jour s’était levé d’un coup et sa lueur rosée avait muté en lumière crue et franche. Je me levais d’un bond et courrais à la salle de bains inspecter mon reflet. J’étais une trentenaire au physique assez banal, cependant je n’étais pas ingrate. Mes cheveux châtains retombaient en frisottant sur mes épaules rondes. Ma bouche était pulpeuse et naturellement carminée. Mon teint était pâle et uni. Mes cils, désespérément fins et courts, encadraient des iris marron criblés de pépites d’or. Mon visage avait conservé une douceur enfantine, en revanche mon regard était devenu sévère. Je reculais et contemplais avec une hargne toute féminine mon corps nu. Je trouvais que mes seins tombaient depuis mon dernier régime, que mes hanches me donnaient une démarche de génisse, que mes genoux avaient l’air triste et mes orteils que je remuais étaient de petits aliens sur lesquels j’avais dû marcher.


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lundi 5 octobre 2009

10 - 16 : Prophétie


10 – 16


Je soufflais et passais sous la douche pour me détendre. Il me fallait me préparer. Je devais être prête, parfaite. Je ne laissais rien au hasard : l’aqua gommage, effet peau neuve, tonifiait, lissait et revitalisait mon corps, tandis que le gel nettoyant profond assainissait les pores de ma figure et l’exfoliait en douceur. Je moussais de haut en bas, sans oublier mon cuir chevelu que je massais avec un shampoing fortifiant qui pénétrait le cœur de mes cheveux pour les rendre plus forts, plus épais, plus denses, et qui les lissait parfaitement pour les rendre plus brillants, pleins d’énergie. Je rinçais, puis j’appliquais un après-shampoing crème ultra démêlant, qui, d’après des résultats mesurés en laboratoire, offrait à ma chevelure une nouvelle force. Je rinçais, et pour n’avoir rien à regretter, j’étalais deux noix d’un masque régénérant dont le concentré actif m’assurait un soin intensif nourrissant, une résurrection capillaire visible dès la cinquième application. Je me rasais les jambes de près et peaufinais le triangle entre mes cuisses. Je me séchais, m’examinais à nouveau dans un cercle de buée. Pas mal.

Comment dire ? À ce moment précis, je savais. Je savais qu’il viendrait. Aujourd’hui. Cela ne faisait aucun doute. Il viendrait lors de ce sixième jour, le 6 du mois, au 6 de la rue du Cherche Midi dans le 6ème arrondissement. Il monterait jusqu’au 6ème étage. Il viendra vers 6 heures ce soir.




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lundi 28 septembre 2009

10 - 17 : Prophétie



10 – 17



17 h 58

J’étais au comble de l’excitation. Monsieur me suivait dans mon délire, toujours réjoui de m’accorder son amicale et bienveillante compagnie. Je portais ma robe rouge à bretelles et mes chaussures rouges à talons. Je pinçais les lèvres sur mon rouge à lèvres assorti, et, humide d’adrénaline, je me penchais à l’œilleton. Une silhouette se découpait en contre-jour : il était déjà là. Je regardais ma montre : 17 h 59. Nous devions tous deux retenir nos respirations. Je le guettais sans ciller, la rétine collée au ras de la lentille de verre déformante. Il demeurait statique dans l’ombre. Il paraissait me scruter lui aussi malgré la cloison qui nous séparait. J’ai frémi. L’aiguille a marqué l’heure. Il a fait un pas vers moi, assombrissant ma perspective. J’ai fait un pas en arrière butant dans mon chien. Il n’a pas sonné. Il n’a pas frappé. Il s’est lové contre la porte et il a dit :

- « Laisse-moi entrer. Je sais que tu m’attends. »

Sa voix était à la fois suave et assurée. J’ai ouvert.

 
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lundi 21 septembre 2009

10 - 18 : Prophétie



10 – 18


Il était devant moi, beau, frais, plein de promesses. Je l’ai fait entrer. Il souriait, alors j’ai souri. Désormais, les choses semblaient se dérouler comme prévues, telles qu’il les avait prévues en tout cas. C’était une rencontre particulière. Je la comparais aux amours des internautes, qui, après un attrait ou une entente virtuelle, se décidaient à se présenter de visu. Je le recevais avec une attention intempestive et je lui proposais du thé. Il accepta et je l’abandonnais le temps de ma préparation. Une fois seule, j’avais douté. J’avais pâli. J’avais réalisé que j’étais en train de recevoir un parfait inconnu chez moi avec, de surcroît, une application grossière. Avais-je craqué ? La bouilloire criait son signal tandis que je piétinais sur place. Je versais l’eau frémissante sur un thé noir à la rose.
Tout cela est-il bien raisonnable ?
Je regardais la rangée de casseroles, puis la rangée de couteaux, et me repris avant de le rejoindre.

 
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lundi 14 septembre 2009

10 - 19 : Prophétie



10 – 19



Il était chez lui, très à l’aise parmi mes bibelots. Il m’a regardé arriver avec une grande satisfaction et a fait de la place devant lui pour que je pose la théière. Puis, je ne sais pas ce qui m’a pris, me saisissant du sucrier, j’ai lancé d’une voix penaude :

- « Salomon, prendrez-vous du sucre ? »

Il a éclaté d’un rire sans limites. La pièce entière s’en est illuminée. Je ne savais plus où me mettre. J’aurais souhaité pouvoir quitter mon corps et le laisser seul affronter mon malaise. Il avait fini par se frotter le ventre et il avait répondu :

- « Deux pour le sucre. Pour le prénom, c’est David. »

J’étais aussi cramoisie que ma tenue. J’ai regretté ce rendez-vous avant même d’en avoir compris le réel enjeu.

- « Je ne sais plus quoi dire… »

- « Alors évite de parler. »

Mais je suis tout de même sous mon toit !

Il s’était immédiatement radouci.

- « Excuse-moi. J’ai tellement de choses à te communiquer, tant à t’apprendre. Je vais commencer par me présenter. Je m’appelle David Caballus. J’ai 33 ans aujourd’hui. J’exerce mille petits travaux qui me font survivre. Je suis né sous une bonne étoile, bien que j’aie mis du temps avant de m’en rendre compte. J’ai échoué à maintes reprises. J’ai souffert. Il m’a fallu me soigner pour devenir un homme universel. J’ai connu l’épreuve du mal, le péché. J’ai été révolté contre un état persécuteur dont la puissance idéologique n’était qu’une propagande totalitaire. Je me suis perdu dans le culte de la personnalité et des plaisirs alors que je croyais simplement me distinguer. J’ai pâti de mon ambivalence. J’étais perpétuellement en contradiction. Je m’opposais à ce qui me faisait face, sans réfléchir, juste pour contester. J’ai cherché à être l’Autre et j’ai trouvé autrui… »

 
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lundi 7 septembre 2009

10 - 20 : Prophétie


10 – 20



Il reflétait ses pupilles dans les miennes, des trous noirs.

- « Je suis cruellement complexe, pourtant j’ai tiré le bon numéro. Six, c’est le nombre de la création du monde selon la Bible. C’est le bouclier de David, l’emblème d’Israël, le principe et son reflet inversé dans le miroir des eaux. Ce sont les Six directions de l’espace : les 4 cardinales, le zénith et le nadir. J’étais prédestiné à un destin mystique… »

C’était aussi le chiffre de Néron : le sixième empereur (la bête blessée) qui fut à l’origine de la chute de l’empire romain ! La marque de l’Antéchrist, un chiffre apocalyptique ! Un chiffre d’homme.

Il me transperce sans ciller et ses iris n’ont pas de couleurs.

- « C’est un chiffre de femme. Dans l’antiquité, il appartenait à Vénus Aphrodite, le savais-tu ? Cette déesse de l’amour physique a libéré les forces bestiales et irrépressibles de la fécondité. Encore une Ève ! »

J’avais examiné la possibilité de le mettre dehors. J’avais faibli à l’orée de la nuit. Il l’avait distingué. Il s’était montré davantage charmeur. Il m’expliquait pourquoi il m’avait choisie. Comment il m’avait trouvée, guidé par une horde de six. C’était un homme extrêmement naturel, fort de ce qu’il était. Il s’exprimait avec conviction. Il s’était rapproché sans que je m’en sois aperçue. D’un coup, il me frôlait, son haleine chaude achevait sa course sur mon menton.

- « Tu es mon Aphrodite. Ma beauté. Tu ne me quitteras jamais car moi seul pourrai t’aimer toujours. »


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lundi 31 août 2009

10 - 21 : Prophétie


6 – 21



Il m’avait étreinte, ni trop vigoureux, ni trop souple. Je m’étais laissé convaincre. Il m’embrassait et le feu de son corps cherchait à se rafraîchir contre le mien. Il m’enivrait. La sensualité exsudait de ses pores. Une de mes bretelles coulissait sur mon épaule, tel un vampire, il se rua sur ma gorge. Je le rejetai. Il jouissait de mon effarouchement. Ses yeux rebelles luisaient de braises. Il doit être fou pour exister avec autant d’intensité.

- « Tu es faite pour l’amour. Tu es une créature magnifique. Si tu savais comme je te désire ! Loin de Dieu, je ne suis qu’un homme asservi par ses sensations et émotions. Près de toi, en toi, sorti de toi, je suis vivant. Prends-moi. Accepte-moi. Deviens ma fusion, mes sentiments, ma victoire sur la fatalité. »

Il me caressait à nouveau l’avant-bras.

- « Tu sais, une femme m’a blessé, une fois, mais je lui ai pardonné pour mes souffrances. Depuis, aucune n’a dérobé mon cœur. Il est pur. Il est pour toi. Je sais d’instinct que tu es capable d’en prendre soin. Tu es solitaire et cela te pèse. Je suis venu te demander ta main. »

- « Cette histoire est invraisemblable. Est-ce une blague ? »

- « Ne crois-tu plus au prince charmant ? »

- « La réalité m’y a contrainte. »

- « Alors triste réalité ! Offre-toi une nuit de princesse. Qui sait, demain, après demain peut-être serai-je encore là ? De toute manière, je te promets un bon moment. Pourquoi te priverais-tu d’un ami ? Pourquoi renoncerais-tu au plaisir, à la satisfaction ? J’ai remarqué comme tu t’étais faite belle. Tu as espéré ma venue. Tu t’es apprêtée. Quelque chose t’a incitée à chercher à me plaire. Tu attendais en secret celui qui allait changer ta vie. Tu te demandais d’où il surgirait. Eh bien, il s’est déplacé à domicile. Regarde-moi en face et ose me dire que je te laisse indifférente. Pourquoi m’aurais-tu laissé pénétrer ton intimité si je n’avais pas le moindre intérêt ? »

J’étais cernée par sa présence, par son odeur, par l’efficacité de ses paroles et de son stratagème. Il avait subitement tout rempli : mon appartement, mon esprit, mon ressenti. Il visait juste. Il s’était levé. Il avait patienté et, désemparé par mon silence, il avait fui vers l’entrée et il était sorti de l’appartement.
Je m’étais hissée sur mes jambes, je me tenais debout au centre de la pièce vide et j’avais éclaté en sanglots. Que la femme qui n’a jamais cru au grand amour me jette la première pierre ! Bien sûr, j’avais envie de romance. Évidemment, je redoutais la passion. Certainement, je n’étais pas restée insensible. Indubitablement il m’avait émue, pour preuve, je pleurais. J’avais laissé s’échapper la sixième lame du tarot : l’amoureux.


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lundi 24 août 2009

10 - 22 : Prophétie



10 – 22



Monsieur, à qui j’avais imposé une distance, fut relâché de ma chambre et vint me consoler. Il m’oublia et suivit au flair la piste de David. Le chien me lorgna soupçonneux et retourna se coucher en boudant. J’étais à fleur de peau.

Je me torturais. Monsieur déboula vers la porte. Je vérifiais au judas : c’était David avec un paquet cadeau. Je renvoyais Monsieur garder la chambre lorsque David frappa.

- « Attention ! Si tu ouvres je considèrerai cela comme un oui… »

Sa voix pétillait. Il était revenu pour moi. Il n’avait pas abdiqué. L’amour n’est-il pas une noble cause ? »

Mon cœur battait à tout rompre. Des frissons d’adolescente me parcouraient.

J’ai ouvert.

Il m’a enlacée dès qu’il est entré. Il m’a touchée comme s’il m’avait déjà connue. La vitalité circulait entre nous. Il fondait contre moi lascivement et sur son visage je lisais une page heureuse.

- « Tiens, c’est pour toi. »

Il me tendait un paquet, une longue boîte enrubannée de rouge. Je l’ouvrais avec délice. Une superbe robe de dentelle blanche et une lettre.

- « Tu pourrais l’essayer… »

- « Je reviens. »

Je disparaissais dans la chambre où Monsieur trépignait. Je m’empressais de me déshabiller et j’enfilais ma nouvelle toilette. On pourrait croire qu’elle est faite sur mesure. Je récupérais la lettre qui avait glissée sur mon lit et je la lisais avant d’aller le retrouver :

« Tu passeras du plan matériel au plan spirituel. »

Je n’en saisissais pas très bien le sens mais j’étais coquette et enjouée.


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lundi 17 août 2009

10 - 23 : Prophétie


10 – 23




David avait mis de la musique. Il avait allumé des bougies. Mes tensions se décrispaient. Nous avons parlé. Nous avons dansé. Nous avons bénéficié d’indolence. Il me plaisait. Je le tentais. Monsieur couinait de temps à autre. David était mon amoureux surgi du néant. J’étais sa fiancée de dentelle. Monsieur avait renoncé à se plaindre et ronflait depuis peu en frisant les moustaches. Nous dégustions les prémices d’une union soudaine et exaltée. Il m’effleurait de son parfum qui s’émancipait à mon contact et se mêlait au mien afin de créer une intimité. Je me laissais bercer et surprendre, je le cajolais et le taquinais à mon tour.

- « N’as-tu pas faim ? »

- « Je te trouve si terrestre tandis que je ne songe qu’au ciel avec toi ! Si j’ai faim c’est de ton âme et de tes rondeurs. Je suis l’ogre de tes envies. »

- «Tu me trouves trop terre à terre. Est-ce la raison de ta lettre? »

- « Un jour, tu t’es résignée. Tu as accepté de vivre dans le monde dans lequel tu vis. Tu as vendu ton idéal pour t’insérer. Tu t’es payé une petite existence paisible et chiante. Sais-tu ce que prophétisait la Morrigu celtique ? Que la fin du monde viendrait de la confusion des saisons, de la corruption des hommes, de la décadence des classes sociales, de la méchanceté et du relâchement des mœurs. N’as-tu pas la conviction de vivre pareille époque ? Mais tu ne fais rien. Tu fais avec. Tu baisses la tête et tu attends un miracle comme on attend la mort. »


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lundi 10 août 2009

10 - 24 : Prophétie


10 – 24




J’étais à la fois suffoquée par ses baisers et par ses mots qui m’assaillaient avec cruauté. Je le sentais puissant. Je le trouvais insoumis. Pourtant il faisait corps avec moi. Il suivait en ondulant le moindre mouvement. Il captait le moindre souffle. Il avait un comportement animal, indompté, spontané, élastique. Il me respirait à pleins poumons et ses joues s’arrondissaient de contentement.

- « Mais toi, que fais-tu pour changer les choses ? »

- « Je suis précisément ici afin de te l’expliquer. Je vais te sortir de ta routine. Je vais te faire vivre pour de bon. Grâce à moi, tu vas enfin concevoir la véritable valeur des choses. Tu vas te débarrasser de tes préjugés. Tu vas faire peau neuve bien que celle-ci soit exquise… »

Il y croyait alors je l’ai cru.

Malgré cela, d’un coup, il faisait terriblement gris. Le monde extérieur était opaque. David avait cessé de m’enlacer, il m’observait et un voile critique traversait son expression.

- « Quelque chose ne va pas ? »

Il s’était ridé comme accablé par son constat.

- « C’est toi qui ne vas pas… Tu es tellement flexible. Tu es prête à tout sans même savoir ce que tu attends, ce qui t’attend… »

J’avais fait mine de me rebeller, alors il avait froncé des sourcils menaçants. J’avais riposté en détournant la tête :

- « Veux-tu me dire ce que tu entends par ce qui m’attend ? »

- « Non car tu ne le mérites pas. Je te signale ton comportement abject de jeune adulte bêtement résignée et tu répliques avec une sincère obéissance, une niaise révolte, preuve que tu ne comprends rien à ce que je tente de t’expliquer. Qu’importe la révolte d’un autre, ce qui est important, c’est de la sentir vibrer aux tréfonds de soi cette impression que quelque chose ne va pas. Peux-tu la ressentir cette petite boule noire qui t’étouffe ? Cette pointe de vérité qui te tiraille : savoir que l’humain en toi n’est que rarement respecté. Tu dois comprendre que l’essentiel t’échappe, ta propre vie. Tu es conditionnée à ne connaître que des rêves à crédit. Ton existence est un petit budget. »




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lundi 3 août 2009

10 - 25 : Prophétie



10 – 25



- « Dans une seconde tu vas me demander mon matricule. Est-ce bien ainsi que tu comptes t’adresser à mon insignifiante personne ? »

- « À mes yeux aucun être est insignifiant. Il faut voir le monde du point de vue du grand, aussi du point de vue du petit. Tôt ou tard, tu dois accepter le fait que les deux résident en toi, l’infini comme le néant. »

Il avait de nouveau baissé les armes. Sa passion s’explique par son extrême idéalisme. Il dériva vers moi, posa la tête sur mes genoux. Il fixait sur mon visage ses iris plats et ses pupilles béantes.

- « Si tu n’étais pas importante à mes yeux, crois-tu que j’aurais créé toute cette histoire ? »

J’avais souri.

Nous avions laissé nos présences faire connaissance au-delà de nous-mêmes. La lune auréolée filtrait par la fenêtre. Monsieur dormait puisant dans ses songes de chien urbain. David s’était proposé pour faire un thé. Il avait sans doute décelé ma fatigue pointer. Il m’avait laissée prétextant qu’il allait faire comme chez lui.

Chez lui ? Où ce pouvait être ? Un tourbillon de questions m’avait donné le tournis. J’avais fini par le rejoindre à la cuisine. La théière fumait déjà, il ne fit que me raccompagner au salon. Nous scrutions la surface de l’eau parfumée, un voile de fumée s’évasait puis s’allongeait dans un faisceau de lampe.




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lundi 27 juillet 2009

10 - 26 : Prophétie


10 – 26



- « Il te faudrait te faire face pour réaliser ce que tu es vraiment car tu as fini par t’auto persuader que tu n’étais qu’un reflet changeant selon le gré de celui qui te considère, des lumières ou des atmosphères. Non. Tu ne dois jamais te laisser convaincre par un autre. Tu dois être convaincue. Tu ne dois pas être aux yeux des autres. Tu dois exister. Il te faudrait faire la différence entre être et servir la vie. Voilà pourquoi il est un devoir de rejeter le magma des pensées préconçues et des systèmes préétablis afin de s’ébrouer de ces peaux mortes et de pouvoir remettre les choses perpétuellement en question. Il n’y a que l’action qui t’évite la dépression, le stress et le marasme. L’Univers lui-même se nourrit de nos multiples évolutions. Celui qui s’en remet totalement à un autre est perdu pour lui-même. L’acceptation est une forme de stagnation. Tu es comme une graine plantée trop profondément qui tarde à emprunter le chemin de la lumière pour s’élever. La graine ignore qu’elle pourrait se transformer si elle voulait tendre vers le haut, or, tant qu’elle ne ressent que l’obscurité, elle demeure repliée sur elle-même. Elle est présente, pourtant elle ne se développe pas. Elle n’offre que sa perspective au reste du monde, pas de racines, pas de tiges, pas de feuilles, encore moins de fleurs ou de fruits. Il faut affronter la matière pour naître. Il faut se livrer un combat intime dès lors que l’on souhaite progresser. La révolte est une révolution. Une révolution est un mouvement, donc une avancée. Il te faudrait vaincre tes peurs d’enfant sage. Il te faudrait t’opposer à tout ce que l’on t’a appris. Tu devrais faire un tri instinctif entre ce que tu ressens, ce qu’on t’a permis de manifester et ce qu’on t’a obligé à taire. Qui es-tu, nue d’apparence, le sais-tu seulement ? Tant que tu ignores ce que tu es réellement, tu es dans l’incapacité de déceler ce qui t’est nécessaire ou ce qui t’encombre. Tant que tu n’as pas conscience de toi-même tu voles tout aux autres, rien ne t’appartient, rien ne peut te consoler ni t’affranchir. Tant que tu te laisses bercer de fables, tu es faible. Tu dois te surpasser pour générer des idées et produire des choses. Tu dois créer pour remercier d’avoir été créée, aussi pour comprendre ton créateur et t’en détacher dans le but de t’accomplir. Mais pour créer, il faut souvent un pôle positif et un pôle négatif, une rencontre, une opposition salutaire… »



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lundi 20 juillet 2009

10 - 27 : Prophétie


10 – 27


Je l’écoutais et ses paroles m’échappaient tandis qu’elles s’évadaient de sa bouche en escadrons mobiles. Mes yeux s’embrumaient. Mes paupières étaient lourdes. Sa voix semblait de plus en plus légère. Mes iris huileux s’évanouissaient sous l’ombre de mes cils. Des mots. Des mots... Et le poids de la nuit, le soudain épuisement. Je luttais. Je luttais. Je ne luttais plus.

Si j’avais pu imaginer !


D’abord, je n’ai rien compris. J’ai juste trouvé que les choses étaient bizarrement agencées. Je regardais la pièce d’en haut comme si j’étais montée sur un escabeau. Je continuais à l’écouter et la fatigue avait disparu.

- « Ma petite graine, je vais t’aider à trouver la voie vers le ciel. Tu vois ce long tunnel sombre, je vais te permettre de le parcourir, au bout, tu trouveras la lumière salvatrice. »

J’ai trouvé cette phrase suspecte et je me suis vue. J’étais étendue entre les coussins. David était assis auprès de moi. Il m’a mis une petite claque. Je n’ai guère réagi. Puis il m’a asséné un coup sec qui m’a presque ouvert la joue. Je n’ai pas réagi. J’ai paniqué à voir mon corps sans défense livré à cet étranger. D’ailleurs comment parvenais-je à m’observer de l’extérieur ? J’ai voulu descendre de l’escabeau. Je n’ai pas pu.




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lundi 13 juillet 2009

10 - 28 : Prophétie


10 – 28



- « J’ai l’impression que la tisane verveine-camomille-gardénal t’a été bénéfique, mais la kétamine t’a définitivement détendue ! Tu dors comme un mort ma jolie fleurette ! »

Il embrassait ma dépouille.

- « Grâce à moi, tu vas connaître la vérité. Ne t’avais-je pas promis un avenir meilleur ? Tout à l’heure tu ne seras plus l’esclave de la société actuelle. Je vais t’affranchir. Veux-tu que j’ouvre ta cage de serin ? Je sais que tu aurais voulu ce qui m’importe… »

Il replaçait mes cheveux vers l’arrière. Mon animal s’était réveillé, il venait d’aboyer. David se leva, sortit du périmètre. Lorsqu’il revint, Monsieur était avec lui. Mon chien galopa jusqu’à mon organisme inanimé. Il le respira et le battement joyeux de sa queue ralentit. David était parti chercher la laisse qu’il avait dû remarquer dans l’entrée. Monsieur eut un doute, mais l’idée d’une promenade fut proposée et le chien se résigna devant le collier.

- « Assis ! Pas bouger ! Attends-moi là, je reviens de suite. Je vais couvrir ta maîtresse, qu’elle n’attrape pas froid en se reposant. »

David était reparu seul, Monsieur patientait à la porte.


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lundi 6 juillet 2009

10 - 29 : Prophétie


10 – 29



Il s’était penché au-dessus de mon corps pourtant j’observais toujours la scène depuis un angle du plafond.

- « C’est le moment que je préfère. Tu es superbe dans ta robe de dentelle. Sais-tu à qui elle appartenait ? À ma mère. Cette femme qui m’a fait tant souffrir. Elle collectionnait les toilettes. C’était une très belle créature. Les hommes en étaient fous… »

C’est toi qu’elle a aliéné !

- « Elle a été la première… C’est elle qui est à l’origine de tout cela ! »

Il s’agitait et ses propos bifurquaient en échos incohérents. Il était parti fouiller sa sacoche.

- « Les autres étaient-elles nécessaires ? Elles m’ont toutes convié. Elles m’espéraient toutes. Chacune rend hommage à une facette de ma mère, une par robe. Manque de chance pour toi, l’armoire de sa chambre n’était pas encore vide ! »

Il avait sorti une bouteille en plastique et il m’aspergeait. Je ne me réveillais pas. Il est retourné prendre une seconde bouteille et il a continué son manège, imprégnant le tapis, les rideaux, les boiseries. Mon esprit impuissant ne parvenait qu’à tourner sur lui-même. Ensuite, il a regroupé autour de moi les produits ménagers, les bombes, les aérosols, tout ce qui pouvait porter la mention « produit inflammable ».


J’essayais de retenir ma respiration, or, force fut de constater que je ne respirais plus. Il avait fini par s’asseoir. Une certaine lassitude teintait son expression. Il avait sorti un étui de sa veste dont il avait tiré une cigarette.





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lundi 29 juin 2009

10 - 30 : Prophétie


10 – 30


- « Voici arrivé l’instant tant attendu ! Par la main d’un homme tu vas découvrir ta nature divine et tu vas vraiment naître. Par amour je vais te vouer à la lucidité suprême. Tu vas goûter au privilège des élus. »

La cigarette se consumait à une vitesse vertigineuse. Les cendres se détachaient et chutaient en poudre grise. J’étais prise de terreur à l’idée de ce qu’il allait faire. Il savourait son tabac meurtrier.


Était-ce un ultime soubresaut de désespoir ? Était-ce un réflexe instinctif de survie ? Je ne sais pas. Mais j’ai réincorporé mon enveloppe, néanmoins, je ne parvenais pas à en reprendre la maîtrise. Je me sentais fluidique, si légère dans cet organisme rivé au sol, lourd de souvenirs et de sensations. Je lui envoyais mille signaux qu’il ignorait. Je paniquais devant ma propre inertie.


David s’était levé sans que je m’en aperçoive, j’étais trop préoccupée à tenter de tirer mon corps de son néant. Il me salua d’un geste auguste et il prit la fuite entraînant Monsieur derrière lui. Des flammèches courtes s’élevèrent vite en spirales autour de moi. Une fumée grisâtre et de petites détonations me tirèrent de mon vain emportement. Le feu était partout. Des flammes mouvementées balayaient le cadre de l’appartement. Tout ce que j’avais connu, tous mes repères se consumaient. Mes dentelles prirent feu. Je voulais à nouveau sortir de là, quitter la souffrance de ce corps. J’étais prisonnière. Je hurlais sous le crépitement terrifiant de ma peau qui calcinait. Les rideaux étaient des vagues brûlantes. Les meubles se muaient en braises infernales. Les gaz semblaient vouloir refluer par tous mes orifices. Et puis j’ai été aveuglée. Une lumière éblouissante. Une lumière comme un rappel de ce qu’était la douce chaleur. Je me suis comme éveillée. Je dormais dans l’herbe, sous un arbre. Le soleil venait lécher mon visage à travers les feuillages d’un vieux chêne. Je me suis assise et j’ai parcouru l’horizon du regard.




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lundi 22 juin 2009

10 - 31 : Prophétie



10 – 31


J’avais fait un cauchemar. David était au loin entrain de me cueillir un bouquet de fleurs des champs. Il me faisait penser à un papillon butinant entre les boutons d’or, les pâquerettes et les coquelicots. Je me suis levée et j’ai couru vers lui. Les herbes folles chatouillaient mes jambes. Les insectes s’envolaient sur mon passage. Le climat était doux. Lorsque je l’ai atteint, il a tendu un bras vers moi et sa main ouverte m’a stoppée net.


- « Ne va pas si vite ! »

Il a sorti une carte de la poche intérieure de sa veste et me l’a tendue. Il a disparu le temps que je relève les yeux. Le climat a fraîchi d’un coup, j’ai frissonné. J’ai regardé partout autour, or, il n’y avait rien, que la campagne à perte de vue, pas âme qui vive. Là, j’ai pris conscience du fait que je ne connaissais pas cet endroit. J’ai regardé la carte de David et, immédiatement, j’ai reconnu la sixième, arcane majeur du Tarot : l’Amoureux. J’ai marché, longtemps, sans itinéraire. J’ai même espéré la perspective d’un clocher, l’appel mystérieux d’une chapelle. Non. J’avançais dans des herbes de plus en plus hautes et de plus en plus humides. La pluie avait crevé l’écran de nuages. Désormais, j’étais trempée, mes cheveux collaient à mes joues, je tendais un front suppliant vers les cieux pourtant offensifs. J’étais découragée. J’étais vidée. La carte que David m’avait donnée venait de m’échapper des mains. L’encre avait déteint sur mes doigts. Je me suis penchée pour la ramasser. L’arcane 6 du tarot représentant l’Amoureux s’était liquéfié. J’étais horrifiée devant ce qui me restait en main : l’arcane majeur 15 du tarot. 1 + 5 = 6. Le ciel finissait de s’écraser sur ma tête. Mes doigts fourmillaient. J’éclatais en un orage de sanglots et je tombais à genoux, incapable de lâcher la contrepartie nocturne de mon Amoureux : le Diable. Je tremblais spirituellement. Le décor se volatilisa. J’étais bel et bien morte et j’avais vendu mon âme au diable.

lundi 15 juin 2009

11 - 1 : 7 ans



7 ans

11 – 1


Je me prénomme Alix.

J’ai 7 ans, l’âge de raison, l’âge où l’on a le droit de se taire, de tourner 7 fois sa langue dans sa bouche comme ils disent.

Contrairement à ce que l’on peut penser, 7 ans ce n’est pas le septième ciel. Certes, je vis encore un peu l’extase des 7 pêchés capitaux de mon enfance : je suis trop orgueilleuse, j’ai des souvenirs vivants de cordon ombilical. J’ai envie de tout toucher, goûter, connaître et mon insatisfaction me met parfois en colère. J’aime compter les euros de ma tirelire devant mon poster de Picsou. J’adore paresser en m’adonnant à la gourmandise devant la télévision. Le mystère de la sexualité n’est pas un étranger, j’ai déjà plusieurs amoureux à l’école pour vous dire…

Pour obtenir ce que je désire, je fais mon cinéma, de longues tirades plaintives, des bobos placébos, des bouderies de star que le septième art m’autorise. Je devrais faire preuve de prudence et de discernement, on attend tant de perfection de moi. Des 7 vertus, seules la prudence et la tempérance me font vraiment défaut, j’ai foi en ce que je découvre, j’ai espoir en l’avenir qui vit en mon être et la force juvénile, je suis charitable en tendresse et j’ai le sens de la justice. Je ne supporte pas les adultes qui n’appliquent pas ce qu’ils imposent. Je mûris en me régénérant, tous les 7 ans mon sang se renouvelle complètement ; je suis un sang neuf prêt à traverser les 7 océans, à conquérir les 7 continents, l’Europe, l’Asie, l’Amérique, l’Océanie, l’Afrique, j’irai jusqu’en Arctique, jusqu’en Antarctique…

J’irai contempler les 7 merveilles du monde.





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lundi 8 juin 2009

11 - 2 : 7 ans


11 – 2



La semaine prochaine je pars en vacances.

Pour l’occasion, le camping-car des années 80 de mon beau-père est en révision. 7 jours à patienter. Encore quelques heures de classe, le temps d’une gamme de 7 notes en cours de musique, des couleurs de l’arc-en-ciel du cours de dessin. J’attends, mieux, j’espère, le seul jour de la semaine qui n’a pas un nom de planète : ce jour où Dieu se reposera tandis que nous prendrons la route.

Une belle journée ensoleillée, un grand ciel bleu prometteur.

Sabrina (la grande copine de maman) arrive sur les chapeaux de roues avec son sac de sport. Maman regarde son gros ventre dans le miroir avant de peaufiner sa coiffure (on m’a expliqué qu’elle attend des jumeaux depuis cinq mois). Mon beau-père, épuisé de la garde qu’il vient de faire à l’hôpital, se donne du courage la tête plongée dans l’arôme de son café noir. Moi, je suis prête, dynamique, je piétine dans l’appartement, j’observe la finalisation des préparatifs avec engouement. Nous descendons les affaires avec frasques dans les couloirs de l’immeuble parisien puis les chargeons dans le camping-car garé en double file devant chez nous. Maman monte à l’avant à côté de Matthieu. Je monte à l’arrière avec Sabrina. Le moteur démarre, Sabrina perd l’équilibre et tombe les jambes en l’air sur le lit, nous rions. Nous quittons la capitale. Un jour de joie. Les vacances ! Nous sommes au grand complet, vierges de toute angoisse. Je chante et maman reprend en cœur les refrains. Matthieu reste concentré sur la route. Sabrina se laisse bercer par le ronronnement du moteur et l’abstraction du paysage urbain qui défile. Les premiers champs de l’île-de-France nous ouvrent bientôt une perspective. Ça nous change des immeubles en pierre de taille et des HLM à perte de vue. Je compte les poteaux électriques. Je regarde les colliers d’oiseaux perchés sur les fils. Le coton des nuages m’apporte de la douceur. Maman pose la main sur la cuisse de Matthieu, il tourne la tête et lui offre un sourire.

- « Nous arrivons près de Meaux ! »




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