lundi 28 décembre 2009
10 - 4 : Prophétie
10 – 4
J’avais refroidi sous la couette. Cette idée lugubre me projeta à nouveau devant le montage photo sur ma porte d’entrée que j’avais arraché au plus vite. Me revint en mémoire que j’avais fait des photomatons dans le métro, il y avait un mois environ, mais la machine n’avait rien voulu recracher et j’étais repartie sans cliché. Il est plausible qu’à force de coups de pieds, cette foutue machine ait fini par sortir le développement. N’importe qui aurait pu s’en emparer. Peut-être étais-je moi-même l’objet d’un fantasme, d’un délire. J’intéressais. Sans m’en douter j’avais pénétré le cerveau d’un autre. J’avais asservi un esprit, qui retranché dans son anonymat et condamné à mon indifférence, avait eu ce geste désespéré et un peu médiéval de venir clouer la chauve-souris sur ma porte. Cet appel depuis l’obscurité, telle une menace, un ultime recours, témoignait d’une faiblesse. On faisait ma publicité, je devais humblement me montrer digne ce cette reconnaissance. Je me calmais. Monsieur coursait son rêve à demi couché sur sa couverture jaune. Ses pattes arrières grattaient nerveusement le linoléum, les babines retroussées, il croquait le vide ou jappait, tandis que ses paupières s’agitaient sous ses poils. J’avais finalement sombré, meurtrie d’interrogations.
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lundi 21 décembre 2009
10 - 5 : Prophétie
10 – 5
13 heures, le lendemain.
L’heure où mon voisin de gauche sortait, l’œil collé, les plis d’oreiller décalqués sur les joues, pour aller acheter sa baguette et ses croissants.
L’heure où ma voisine de droite déjeunait de crudités et de yaourt en révulsant les yeux devant de journal télévisé. L’heure où le vieil algérien du septième, porte B, relisait, sans les comprendre, ses papiers administratifs. Au moment où le critique littéraire un peu sourd du 7ème, porte A, faisait du thé. Quand la femme du huitième arrosait ses plantes laissant son téléphone en appel en absence. Que le survolté de treize ans du neuvième ratait son cours de géographie et tuait ses ennemis virtuels en réseau. À la cave, les rats modifiaient leurs trajectoires en fonction des pièges qu’on leur avait dévolus. Au sommet, les charpentiers veillaient à la remise en état de la toiture, au-dessus : les oiseaux, les nuages, les avions. Alentour : le monde vu par l’homme. La somme, une planète : la Terre. Et puis tous ces univers hypothétiques qui germaient dans le compost de notre complexité et de nos complexes, des galaxies de questions et l’angoisse d’une réponse comme une sentence fulgurante. Résoudre c’est oublier. Ne pas souffrir c’est omettre la souffrance. Se perdre c’est potentiellement se retrouver. La vie doit être un égarement suivi d’un flash de lucidité.
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lundi 14 décembre 2009
10 - 6 : Prophétie
Quelqu’un venait de balancer un caillou contre ma fenêtre. Je n’osais m’approcher alors que j’aurais pu voir l’individu dans la cour. Il me fallut prendre sur moi d’avancer masquée par les rideaux pour ne finalement apercevoir qu’un mouvement qui filait vers la sortie.
J’ouvrais une fenêtre béante, me penchais au risque de chuter. Monsieur aboya un coup avant de se recoucher en boule.
Une pierre avait atterri dans la jungle de mes géraniums. Je décidais de la rentrer pour l’exposer à une observation minutieuse, je la déposais sur une feuille blanche.
Le petit galet était gravé. L’étrange symbole qui le recouvrait : un triangle barré pointe vers le haut rehaussé d’un point le faisait ressembler à une rune ou à un ogham, à une écriture géométrique ancestrale et énigmatique.
Nous vivons pour être contrariés. Le soleil brille pour tous mais n’obéit à aucun.
Le galet m’obsédait. J’ouvris tous mes dictionnaires, en vain.
J’étais certaine que le point marquait un sens de lecture. Ce symbole me disait quelque chose tout en demeurant insaisissable.
Je mixais les concepts qui bondissaient dans ma boîte crânienne. Je tournais et retournais le galet oint de ma sueur. J’ignorais l’article que je devais écrire. Comprendre, voilà ce qui gobait mes heures, analyser le message. Qui ? Pourquoi ? Combien de temps ? Je voulais savoir. Pourquoi ma vie changeait-elle depuis cette fameuse bourrasque ? Ma routine se transformait en attente. Les recoins familiers de l’appartement mutaient pour laisser s’installer une ambiguïté, une respiration régulière coulait des murs. Le temps ne s’imposait plus de la même manière, j’avais la sensation de me couper du monde ou de m’en laisser détacher, cependant, je n’étais pas seule, quelqu’un dehors pensait à moi.
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lundi 7 décembre 2009
10 - 7 : Prophétie
10 – 7
Le troisième jour.
Je me réveillais fatiguée par mes songes emmêlés. Le ciel bas et anthracite me fit allumer les lumières au lever. On aurait dit que la nuit succédait à la nuit. L’air sentait la pluie, l’humidité pénétrait mes os. Les nuages graves se rapprochaient de nos fenêtres et s’allongeaient en brume épaisse. Monsieur fit son tour avant l’ondée, normal, j’étais (pour une fois) munie d’un parapluie. À peine étions nous rentrés que l’eau lunaire cherchait à féconder le bitume. Les anges changés en gouttes tentaient de fertiliser les âmes urbaines. La joie des campagnes teintait de gris le moral de la ville, des cascades d’eau sale, des trottoirs comme des pataugeoires, pas d’horizon et pas de lumière, que des néons et des flaques aux reflets grotesques. Les pavés luisaient donnant l’impression d’une peau de serpent. Les voitures roulaient au pas, au rythme des essuie-glaces et projetaient des visions dans la lumière des phares.
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lundi 30 novembre 2009
10 - 8 : Prophétie
10 – 8
Mon pain était mou. J’avais préparé un thé au jasmin, je regardais au fond de ma tasse, mon œil s’y reflétait. J’avais la sensation d’être observée par cet œil sage et indifférent qui me laissait penser que cette eau primordiale précédait l’organisation du cosmos.
J’avais quasiment veillé tant j’avais composé de significations à la pierre messagère, or, là, j’étais précisément sereine. Elle ne me taraudait plus, cette histoire n’avait aucun sens...
Un coup retentit à la porte, suivi d’un second moins distinct. N’attendant personne, je n’osais réagir, puis, encouragée par un Monsieur fort de ses grognements, j’ouvrais avec une inspiration profonde. Le couloir était sombre et désert. J’allais allumer et jetais un regard par-dessus la rampe de l’escalier qui se lovait en spirale jusqu’en bas. Pas âme qui vive. De retour, je marchais sur une feuille de papier, je la ramassais. Un nouveau symbole. Je m’enfermais à double tour avant de poser le galet près de la feuille. Il n’y avait aucun doute, les deux coïncidaient, s’imbriquaient peut-être, se complétaient certainement. Un triangle dont la pointe va vers le bas. Cette géométrie harmonieuse m’inspirait la forme d’un sexe féminin.
L’orage continuait de sévir, les canalisations craquaient. Les doigts agiles de l’averse tambourinaient sur les vitres, tantôt dotés d’une sensibilité mélodieuse, tantôt intimant une rythmique libre comme les vents. Les gouttières, telles des gargouilles abstraites, crachaient des flots de paroles en hoquetant. Des vagues se créaient sur les façades luisantes. Les plantes bruissaient et réfléchissaient leurs vertes présences aux rebords des fenêtres. Vus du ciel, les parapluies poussaient en champignons multicolores et se déplaçaient dans un labyrinthe de ruelles. Les oiseaux ne chantaient pas. L’eau forte s’adoucissait, désormais, elle caressait avec magnétisme ce qu’elle pouvait atteindre. Au son du compte-gouttes, je notais la valeur des secondes en priant pour que la lumière revienne. La pluie poursuivait son errance en sifflant. Désormais, elle s’écrasait sur le sol avec mollesse. Les ténèbres étaient moins denses, les nues apaisées reprenaient de la distance. Les couleurs rutilaient. Les odeurs s’intensifiaient. Une lueur jaunâtre s’emparait de la ville tonifiée. Le jour se pointait à l’heure où la lune sortait de sa réserve, un jour en retard.
Un coup retentit à la porte, suivi d’un second moins distinct. N’attendant personne, je n’osais réagir, puis, encouragée par un Monsieur fort de ses grognements, j’ouvrais avec une inspiration profonde. Le couloir était sombre et désert. J’allais allumer et jetais un regard par-dessus la rampe de l’escalier qui se lovait en spirale jusqu’en bas. Pas âme qui vive. De retour, je marchais sur une feuille de papier, je la ramassais. Un nouveau symbole. Je m’enfermais à double tour avant de poser le galet près de la feuille. Il n’y avait aucun doute, les deux coïncidaient, s’imbriquaient peut-être, se complétaient certainement. Un triangle dont la pointe va vers le bas. Cette géométrie harmonieuse m’inspirait la forme d’un sexe féminin.
L’orage continuait de sévir, les canalisations craquaient. Les doigts agiles de l’averse tambourinaient sur les vitres, tantôt dotés d’une sensibilité mélodieuse, tantôt intimant une rythmique libre comme les vents. Les gouttières, telles des gargouilles abstraites, crachaient des flots de paroles en hoquetant. Des vagues se créaient sur les façades luisantes. Les plantes bruissaient et réfléchissaient leurs vertes présences aux rebords des fenêtres. Vus du ciel, les parapluies poussaient en champignons multicolores et se déplaçaient dans un labyrinthe de ruelles. Les oiseaux ne chantaient pas. L’eau forte s’adoucissait, désormais, elle caressait avec magnétisme ce qu’elle pouvait atteindre. Au son du compte-gouttes, je notais la valeur des secondes en priant pour que la lumière revienne. La pluie poursuivait son errance en sifflant. Désormais, elle s’écrasait sur le sol avec mollesse. Les ténèbres étaient moins denses, les nues apaisées reprenaient de la distance. Les couleurs rutilaient. Les odeurs s’intensifiaient. Une lueur jaunâtre s’emparait de la ville tonifiée. Le jour se pointait à l’heure où la lune sortait de sa réserve, un jour en retard.
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lundi 23 novembre 2009
10 - 9 : Prophétie
10 – 9
Le quatrième jour.
J’essayais de reprendre une activité normale. Alors que ce rébus m’avait d’abord effrayée, puis absorbée, il commençait à s’instaurer en jeu codé du quotidien comme si j’avais pris plaisir à faire une grille de mots croisés devant une tasse de cappuccino et un carré de chocolat amer. En premier lieu : la déesse balafrée sur ma porte. Il devait s’agir d’un homme qui vénérait la femme au point de la trouver redoutable. La couleur rouge, celle du sang, de la menstruation, cette empreinte qui m’avait alertée, devait manifester sa peur de la vie, du courant alternatif, elle signait un état passionnel. Ensuite : le triangle tête en haut, traversé d’une ligne. Un personnage en robe ? Enfin : le triangle tête en bas, un réceptacle, un entrecuisse ? La femme était contée dans tous ses états, spirituelle (il l’avait déifiée), terrienne (il l’avait représentée telle une montagne rivée au sol, les bras en ligne d’horizon), sensuelle (il l’avait sexuée). Son esprit démontrait un goût pour la logique. Il n’avait pas dû choisir ce langage mathématique par hasard. J’échafaudais des théories invraisemblables issue de mon imaginaire dévorant. J’esquissais le portrait robot de mon prince de l’ombre. Il finissait par attiser ma curiosité. J’étais sur le qui-vive. Je succombais au charme de l’intouchable. L’intérêt que je lui portais, naissait de ma soif de savoir et de mon instinct aventurier. Il excitait mes sens et principalement le sixième. Il me fallait me frayer un chemin à l’aveuglette au gré des indices qu’il m’octroyait, pour tisser un réseau d’idées qui me rallierait à ses aveux. Nous vivions la genèse de notre relation. Genèse ou déluge ? Se formait entre nous l’embryon d’une connexion, un désir d’infini des possibles.
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lundi 16 novembre 2009
10 - 10 : Prophétie
10 – 10
Vers dix heures on me livra des fleurs, un rosier en pot. J’espérais que le livreur me donnerait une carte, un mot d’accompagnement, une pièce neuve au puzzle déjà composé, mais rien de la sorte ne lui avait été confié. Je le congédiais après l’avoir longuement défiguré. Son attitude grossière et désappointée m’avait convaincue qu’il n’avait pas d’autre rôle à jouer dans cette histoire. Embarrassée que j’étais par le lourd pot de terre, je le déposais tant bien que mal sur la table du salon. Fou d’enthousiasme, Monsieur créait un manège autour de mes jambes qui manqua de me faire perdre l’équilibre, résultat, par maladresse, le rosier fut ébranlé et alla se répandre sur le tapis. Je m’agenouillais dans la terre, les yeux levés au ciel et poussais un soupir d’irritation. Mes mains empoignèrent cette terre et son principe passif me calma. Sa douceur, sa soumission, la fermeté paisible qu’elle contenait me régénéraient. Je sentais l’humilité de l’humus. Je ressentais sa fonction maternelle, rassurante. Elle était celle qui donne la vie et qui la reprend, celle qui génère et celle qui digère. Encore un emblème de la fécondité ! La terre supporte tandis que le ciel couvre. Elle produit les formes vivantes. Elle fait germer les différences.
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lundi 9 novembre 2009
10 - 11 : Prophétie
10 – 11
Alors que je replantais tant bien que mal le rosier dans son pot, je découvris un papier roulé en cornet dissimulé entre les feuilles et les épines. Je l’extirpais en me piquant les doigts. Le nouveau symbole me fit immédiatement une impression de déjà vu, seul le sens déterminé par le point le différenciait du premier.
J’eus la vision stupide d’un panneau indiquant les toilettes des dames ; une femme stylisée avec un triangle en guise de robe. Cherchant à me protéger mentalement je souris. Entre mes mains, il devait s’agir de son alter ego, son pendant masculin. La carrure du personnage en imposait ainsi que la marque virile sous la ligne qui le ceinturait. Il se représentait enfin ! Ces deux pièces, si complémentaires, devaient s’imbriquer, se comprendre. Le petit Poucet se rapprochait à pas de loup. Plus l’intrigue avançait, plus sa présence s’intensifiait.
Je regroupais les indices sur mon bureau : le montage photo, le galet tel un presse-papier posé sur les feuilles encore mouchetées d’humidité et de terre, qui installaient progressivement cet inconnu chez moi. Je pouffais à la pensée qu’il disséminait ses objets dans la maison tel un amant qui aurait oublié son rasoir dans la salle de bain, me laissant une marque, une preuve de son passage clandestin. Puis j’avais trouvé mon romantisme inopportun et j’avais songé à me débarrasser de ces objets ensorcelés. Enfin, j’avais renoncé, secourue par la raison. S’eut été faire abnégation. Renoncer au dénouement. Impossible !
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lundi 2 novembre 2009
10 - 12 : Prophétie
10 – 12
Le cinquième jour.
Mes tartines de chèvre chaudes brûlaient à la cuisine. Je m’affolais, trop tard ! Les pompiers arrivèrent, précédés par leurs sirènes assourdissantes. Je soufflais sur la grille et dégageais avec peine le pain calciné. Un homme équipé escaladait la grande échelle. Il passait juste à mon niveau, son casque rutilait, le reflet d’un pigeon passait dans ce ciel de chrome. Que se passait-il donc ?
J’allais m’enquérir de la situation des maniques au bout des bras, auprès de la gardienne de l’immeuble ravie de se voir rejointe. Dans la rue s’exerçait une activité inhabituelle. Une foule s’était amassée et levait la tête, bouche bée, vers un habitat sous les toits de l’immeuble d’en face d’où s’échappait une dense fumée noire. La concierge cancanait pour elle-même. Nous assistâmes au triomphe des soldats du feu qui ressurgirent aussitôt un vieillard sur le dos et le descendirent sous un tonnerre d’applaudissements avant de le transférer à l’hôpital le plus proche.
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lundi 26 octobre 2009
10 - 13 : Prophétie
10 – 13
Je remontais sportivement vers mon appartement. Il y avait une feuille sur mon paillasson. Il était passé. Il m’avait fatalement croisée puisque je montais la garde au bas de l’immeuble avec Madame Kepassa. J’étais tellement prise par l’événement que je n’avais rien remarqué. Je n’y avais pas même pensé. Le roué ! Mais comment avait-il pu préméditer d’être là, au bon moment, pendant l’incendie ? Avait-il improvisé ou bien était-il aussi pyromane ? Monsieur déboulait vers ses croquettes, la queue frétillante. Je retirais mes maniques en réalisant l’absurdité de ma tenue et ramassais le papier sur lequel un triangle pointait vers le haut. Le point était l’unique indice différenciateur du premier triangle. Celui-ci était-il une Pyramide ? Un emblème phallique ? Il était l’heure de déguster la salade qui devait accompagner mes crottins. Je regardais vers la fenêtre et repensais au vieillard sauvé des flammes. "Trop gâteux pour éteindre son gaz !" Avait stipulé madame Kepassa. Le feu, cet élément ambivalent, qui réchauffait, qui cuisait, qui hypnotisait, qui purifiait, mais qui pouvait tout autant obscurcir, étouffer et détruire, partageait mes sentiments souvent contraires. Comme une flamme, je souhaitais m’élever mais, comme elle, j’avais tendance à vaciller. Deux paires de symboles : deux triangles simples, l’un tête en haut, l’autre tête en bas, plus les deux triangles barrés. Le yin et le yang ? Ou, peut-être, la pénétration du Yoni par Linga chez les hindous, autrement dit, l’équilibre créé entre l’eau et le feu ? Je me laissais porter par mon inspiration, or, la vision du vieillard me hantait, je ne pouvais me retirer de l’esprit que ce feu auquel il venait d’échapper, serait sans doute le même qui le dissoudrait bientôt au crématorium. Monsieur finissait sa gamelle. Je terminais mon assiette. Il me fallait consacrer l’après-midi à la rédaction de mon article. Je mettais de côté les élucubrations et me concentrais sur mon sujet. Le chien se motivait pour la sieste. Pourtant, assez tard, l’alchimie de mon cerveau m’illumina.
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lundi 19 octobre 2009
10 - 14 : Prophétie
10 – 14
Les tornades…Le jour venteux, c’était l’Air…L’orage…Le jour de pluie, c’était l’Eau. Le livreur m’avait apporté la Terre… Et l’incendie avait propagé le Feu… Le puzzle se composait subitement avec clarté, il s’agissait d’un des emblèmes les plus connus. Comment n’y avais-je pas réfléchi auparavant ? Le sceau de Salomon ! Six triangles équilatéraux inscrits dans un cercle, chaque côté de chaque triangle équivalent au rayon du cercle et six étant presque exactement le rapport de la circonférence au rayon. L’hexagramme constituait l’ensemble des éléments de l’univers. Les deux triangles superposés représentaient-ils l’humain en union avec le principe divin, ou encore, tel que je l’avais déjà analysé, le mariage des principes masculin et féminin ?
Je tentais de comprendre quel rapport existait entre le sceau et moi. La solution était brumeuse, pourtant, l’énigme figurait le nombre six et demain nous serions le 6 du mois. Coïncidence ou évidence ?
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Les tornades…Le jour venteux, c’était l’Air…L’orage…Le jour de pluie, c’était l’Eau. Le livreur m’avait apporté la Terre… Et l’incendie avait propagé le Feu… Le puzzle se composait subitement avec clarté, il s’agissait d’un des emblèmes les plus connus. Comment n’y avais-je pas réfléchi auparavant ? Le sceau de Salomon ! Six triangles équilatéraux inscrits dans un cercle, chaque côté de chaque triangle équivalent au rayon du cercle et six étant presque exactement le rapport de la circonférence au rayon. L’hexagramme constituait l’ensemble des éléments de l’univers. Les deux triangles superposés représentaient-ils l’humain en union avec le principe divin, ou encore, tel que je l’avais déjà analysé, le mariage des principes masculin et féminin ?
Je tentais de comprendre quel rapport existait entre le sceau et moi. La solution était brumeuse, pourtant, l’énigme figurait le nombre six et demain nous serions le 6 du mois. Coïncidence ou évidence ?
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lundi 12 octobre 2009
10 - 15 : Prophétie
10 – 15
Le sixième jour.
Mes rêves aux allures divinatoires m’avaient laissé un goût salé-sucré en bouche. Le jour s’était levé d’un coup et sa lueur rosée avait muté en lumière crue et franche. Je me levais d’un bond et courrais à la salle de bains inspecter mon reflet. J’étais une trentenaire au physique assez banal, cependant je n’étais pas ingrate. Mes cheveux châtains retombaient en frisottant sur mes épaules rondes. Ma bouche était pulpeuse et naturellement carminée. Mon teint était pâle et uni. Mes cils, désespérément fins et courts, encadraient des iris marron criblés de pépites d’or. Mon visage avait conservé une douceur enfantine, en revanche mon regard était devenu sévère. Je reculais et contemplais avec une hargne toute féminine mon corps nu. Je trouvais que mes seins tombaient depuis mon dernier régime, que mes hanches me donnaient une démarche de génisse, que mes genoux avaient l’air triste et mes orteils que je remuais étaient de petits aliens sur lesquels j’avais dû marcher.
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lundi 5 octobre 2009
10 - 16 : Prophétie
10 – 16
Je soufflais et passais sous la douche pour me détendre. Il me fallait me préparer. Je devais être prête, parfaite. Je ne laissais rien au hasard : l’aqua gommage, effet peau neuve, tonifiait, lissait et revitalisait mon corps, tandis que le gel nettoyant profond assainissait les pores de ma figure et l’exfoliait en douceur. Je moussais de haut en bas, sans oublier mon cuir chevelu que je massais avec un shampoing fortifiant qui pénétrait le cœur de mes cheveux pour les rendre plus forts, plus épais, plus denses, et qui les lissait parfaitement pour les rendre plus brillants, pleins d’énergie. Je rinçais, puis j’appliquais un après-shampoing crème ultra démêlant, qui, d’après des résultats mesurés en laboratoire, offrait à ma chevelure une nouvelle force. Je rinçais, et pour n’avoir rien à regretter, j’étalais deux noix d’un masque régénérant dont le concentré actif m’assurait un soin intensif nourrissant, une résurrection capillaire visible dès la cinquième application. Je me rasais les jambes de près et peaufinais le triangle entre mes cuisses. Je me séchais, m’examinais à nouveau dans un cercle de buée. Pas mal.
Comment dire ? À ce moment précis, je savais. Je savais qu’il viendrait. Aujourd’hui. Cela ne faisait aucun doute. Il viendrait lors de ce sixième jour, le 6 du mois, au 6 de la rue du Cherche Midi dans le 6ème arrondissement. Il monterait jusqu’au 6ème étage. Il viendra vers 6 heures ce soir.
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lundi 28 septembre 2009
10 - 17 : Prophétie
10 – 17
17 h 58
J’étais au comble de l’excitation. Monsieur me suivait dans mon délire, toujours réjoui de m’accorder son amicale et bienveillante compagnie. Je portais ma robe rouge à bretelles et mes chaussures rouges à talons. Je pinçais les lèvres sur mon rouge à lèvres assorti, et, humide d’adrénaline, je me penchais à l’œilleton. Une silhouette se découpait en contre-jour : il était déjà là. Je regardais ma montre : 17 h 59. Nous devions tous deux retenir nos respirations. Je le guettais sans ciller, la rétine collée au ras de la lentille de verre déformante. Il demeurait statique dans l’ombre. Il paraissait me scruter lui aussi malgré la cloison qui nous séparait. J’ai frémi. L’aiguille a marqué l’heure. Il a fait un pas vers moi, assombrissant ma perspective. J’ai fait un pas en arrière butant dans mon chien. Il n’a pas sonné. Il n’a pas frappé. Il s’est lové contre la porte et il a dit :
- « Laisse-moi entrer. Je sais que tu m’attends. »
Sa voix était à la fois suave et assurée. J’ai ouvert.
(.../...)
lundi 21 septembre 2009
10 - 18 : Prophétie
10 – 18
Il était devant moi, beau, frais, plein de promesses. Je l’ai fait entrer. Il souriait, alors j’ai souri. Désormais, les choses semblaient se dérouler comme prévues, telles qu’il les avait prévues en tout cas. C’était une rencontre particulière. Je la comparais aux amours des internautes, qui, après un attrait ou une entente virtuelle, se décidaient à se présenter de visu. Je le recevais avec une attention intempestive et je lui proposais du thé. Il accepta et je l’abandonnais le temps de ma préparation. Une fois seule, j’avais douté. J’avais pâli. J’avais réalisé que j’étais en train de recevoir un parfait inconnu chez moi avec, de surcroît, une application grossière. Avais-je craqué ? La bouilloire criait son signal tandis que je piétinais sur place. Je versais l’eau frémissante sur un thé noir à la rose.
Tout cela est-il bien raisonnable ?
Je regardais la rangée de casseroles, puis la rangée de couteaux, et me repris avant de le rejoindre.
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lundi 14 septembre 2009
10 - 19 : Prophétie
10 – 19
Il était chez lui, très à l’aise parmi mes bibelots. Il m’a regardé arriver avec une grande satisfaction et a fait de la place devant lui pour que je pose la théière. Puis, je ne sais pas ce qui m’a pris, me saisissant du sucrier, j’ai lancé d’une voix penaude :
- « Salomon, prendrez-vous du sucre ? »
Il a éclaté d’un rire sans limites. La pièce entière s’en est illuminée. Je ne savais plus où me mettre. J’aurais souhaité pouvoir quitter mon corps et le laisser seul affronter mon malaise. Il avait fini par se frotter le ventre et il avait répondu :
- « Deux pour le sucre. Pour le prénom, c’est David. »
J’étais aussi cramoisie que ma tenue. J’ai regretté ce rendez-vous avant même d’en avoir compris le réel enjeu.
- « Je ne sais plus quoi dire… »
- « Alors évite de parler. »
Mais je suis tout de même sous mon toit !
Il s’était immédiatement radouci.
- « Excuse-moi. J’ai tellement de choses à te communiquer, tant à t’apprendre. Je vais commencer par me présenter. Je m’appelle David Caballus. J’ai 33 ans aujourd’hui. J’exerce mille petits travaux qui me font survivre. Je suis né sous une bonne étoile, bien que j’aie mis du temps avant de m’en rendre compte. J’ai échoué à maintes reprises. J’ai souffert. Il m’a fallu me soigner pour devenir un homme universel. J’ai connu l’épreuve du mal, le péché. J’ai été révolté contre un état persécuteur dont la puissance idéologique n’était qu’une propagande totalitaire. Je me suis perdu dans le culte de la personnalité et des plaisirs alors que je croyais simplement me distinguer. J’ai pâti de mon ambivalence. J’étais perpétuellement en contradiction. Je m’opposais à ce qui me faisait face, sans réfléchir, juste pour contester. J’ai cherché à être l’Autre et j’ai trouvé autrui… »
(.../...)
lundi 7 septembre 2009
10 - 20 : Prophétie
10 – 20
Il reflétait ses pupilles dans les miennes, des trous noirs.
- « Je suis cruellement complexe, pourtant j’ai tiré le bon numéro. Six, c’est le nombre de la création du monde selon la Bible. C’est le bouclier de David, l’emblème d’Israël, le principe et son reflet inversé dans le miroir des eaux. Ce sont les Six directions de l’espace : les 4 cardinales, le zénith et le nadir. J’étais prédestiné à un destin mystique… »
C’était aussi le chiffre de Néron : le sixième empereur (la bête blessée) qui fut à l’origine de la chute de l’empire romain ! La marque de l’Antéchrist, un chiffre apocalyptique ! Un chiffre d’homme.
Il me transperce sans ciller et ses iris n’ont pas de couleurs.
- « C’est un chiffre de femme. Dans l’antiquité, il appartenait à Vénus Aphrodite, le savais-tu ? Cette déesse de l’amour physique a libéré les forces bestiales et irrépressibles de la fécondité. Encore une Ève ! »
J’avais examiné la possibilité de le mettre dehors. J’avais faibli à l’orée de la nuit. Il l’avait distingué. Il s’était montré davantage charmeur. Il m’expliquait pourquoi il m’avait choisie. Comment il m’avait trouvée, guidé par une horde de six. C’était un homme extrêmement naturel, fort de ce qu’il était. Il s’exprimait avec conviction. Il s’était rapproché sans que je m’en sois aperçue. D’un coup, il me frôlait, son haleine chaude achevait sa course sur mon menton.
- « Tu es mon Aphrodite. Ma beauté. Tu ne me quitteras jamais car moi seul pourrai t’aimer toujours. »
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lundi 31 août 2009
10 - 21 : Prophétie
6 – 21
Il m’avait étreinte, ni trop vigoureux, ni trop souple. Je m’étais laissé convaincre. Il m’embrassait et le feu de son corps cherchait à se rafraîchir contre le mien. Il m’enivrait. La sensualité exsudait de ses pores. Une de mes bretelles coulissait sur mon épaule, tel un vampire, il se rua sur ma gorge. Je le rejetai. Il jouissait de mon effarouchement. Ses yeux rebelles luisaient de braises. Il doit être fou pour exister avec autant d’intensité.
- « Tu es faite pour l’amour. Tu es une créature magnifique. Si tu savais comme je te désire ! Loin de Dieu, je ne suis qu’un homme asservi par ses sensations et émotions. Près de toi, en toi, sorti de toi, je suis vivant. Prends-moi. Accepte-moi. Deviens ma fusion, mes sentiments, ma victoire sur la fatalité. »
Il me caressait à nouveau l’avant-bras.
- « Tu sais, une femme m’a blessé, une fois, mais je lui ai pardonné pour mes souffrances. Depuis, aucune n’a dérobé mon cœur. Il est pur. Il est pour toi. Je sais d’instinct que tu es capable d’en prendre soin. Tu es solitaire et cela te pèse. Je suis venu te demander ta main. »
- « Cette histoire est invraisemblable. Est-ce une blague ? »
- « Ne crois-tu plus au prince charmant ? »
- « La réalité m’y a contrainte. »
- « Alors triste réalité ! Offre-toi une nuit de princesse. Qui sait, demain, après demain peut-être serai-je encore là ? De toute manière, je te promets un bon moment. Pourquoi te priverais-tu d’un ami ? Pourquoi renoncerais-tu au plaisir, à la satisfaction ? J’ai remarqué comme tu t’étais faite belle. Tu as espéré ma venue. Tu t’es apprêtée. Quelque chose t’a incitée à chercher à me plaire. Tu attendais en secret celui qui allait changer ta vie. Tu te demandais d’où il surgirait. Eh bien, il s’est déplacé à domicile. Regarde-moi en face et ose me dire que je te laisse indifférente. Pourquoi m’aurais-tu laissé pénétrer ton intimité si je n’avais pas le moindre intérêt ? »
J’étais cernée par sa présence, par son odeur, par l’efficacité de ses paroles et de son stratagème. Il avait subitement tout rempli : mon appartement, mon esprit, mon ressenti. Il visait juste. Il s’était levé. Il avait patienté et, désemparé par mon silence, il avait fui vers l’entrée et il était sorti de l’appartement.
Je m’étais hissée sur mes jambes, je me tenais debout au centre de la pièce vide et j’avais éclaté en sanglots. Que la femme qui n’a jamais cru au grand amour me jette la première pierre ! Bien sûr, j’avais envie de romance. Évidemment, je redoutais la passion. Certainement, je n’étais pas restée insensible. Indubitablement il m’avait émue, pour preuve, je pleurais. J’avais laissé s’échapper la sixième lame du tarot : l’amoureux.
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lundi 24 août 2009
10 - 22 : Prophétie
10 – 22
Monsieur, à qui j’avais imposé une distance, fut relâché de ma chambre et vint me consoler. Il m’oublia et suivit au flair la piste de David. Le chien me lorgna soupçonneux et retourna se coucher en boudant. J’étais à fleur de peau.
Je me torturais. Monsieur déboula vers la porte. Je vérifiais au judas : c’était David avec un paquet cadeau. Je renvoyais Monsieur garder la chambre lorsque David frappa.
- « Attention ! Si tu ouvres je considèrerai cela comme un oui… »
Sa voix pétillait. Il était revenu pour moi. Il n’avait pas abdiqué. L’amour n’est-il pas une noble cause ? »
Mon cœur battait à tout rompre. Des frissons d’adolescente me parcouraient.
J’ai ouvert.
Il m’a enlacée dès qu’il est entré. Il m’a touchée comme s’il m’avait déjà connue. La vitalité circulait entre nous. Il fondait contre moi lascivement et sur son visage je lisais une page heureuse.
- « Tiens, c’est pour toi. »
Il me tendait un paquet, une longue boîte enrubannée de rouge. Je l’ouvrais avec délice. Une superbe robe de dentelle blanche et une lettre.
- « Tu pourrais l’essayer… »
- « Je reviens. »
Je disparaissais dans la chambre où Monsieur trépignait. Je m’empressais de me déshabiller et j’enfilais ma nouvelle toilette. On pourrait croire qu’elle est faite sur mesure. Je récupérais la lettre qui avait glissée sur mon lit et je la lisais avant d’aller le retrouver :
« Tu passeras du plan matériel au plan spirituel. »
Je n’en saisissais pas très bien le sens mais j’étais coquette et enjouée.
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lundi 17 août 2009
10 - 23 : Prophétie
10 – 23
David avait mis de la musique. Il avait allumé des bougies. Mes tensions se décrispaient. Nous avons parlé. Nous avons dansé. Nous avons bénéficié d’indolence. Il me plaisait. Je le tentais. Monsieur couinait de temps à autre. David était mon amoureux surgi du néant. J’étais sa fiancée de dentelle. Monsieur avait renoncé à se plaindre et ronflait depuis peu en frisant les moustaches. Nous dégustions les prémices d’une union soudaine et exaltée. Il m’effleurait de son parfum qui s’émancipait à mon contact et se mêlait au mien afin de créer une intimité. Je me laissais bercer et surprendre, je le cajolais et le taquinais à mon tour.
- « N’as-tu pas faim ? »
- « Je te trouve si terrestre tandis que je ne songe qu’au ciel avec toi ! Si j’ai faim c’est de ton âme et de tes rondeurs. Je suis l’ogre de tes envies. »
- «Tu me trouves trop terre à terre. Est-ce la raison de ta lettre? »
- « Un jour, tu t’es résignée. Tu as accepté de vivre dans le monde dans lequel tu vis. Tu as vendu ton idéal pour t’insérer. Tu t’es payé une petite existence paisible et chiante. Sais-tu ce que prophétisait la Morrigu celtique ? Que la fin du monde viendrait de la confusion des saisons, de la corruption des hommes, de la décadence des classes sociales, de la méchanceté et du relâchement des mœurs. N’as-tu pas la conviction de vivre pareille époque ? Mais tu ne fais rien. Tu fais avec. Tu baisses la tête et tu attends un miracle comme on attend la mort. »
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