lundi 26 mars 2012

Les clefs : 1 - 5



1 – 5

- « Je ne crois pas que ta nana se sente bien dans l’ambiance… »
- « Tiens chérie, tu vas te boire un petit Cognac avec nous, ça te décoincera un peu ! »
Il lui servit un gobelet rempli jusqu’au col.
- « Et glou ! Et glou ! »
Elle but sans conviction. L’alcool lui brûlait la gorge et l’estomac.
- « Et glou… et glou… »
Elle eut un haut-le-cœur.
- « Je te parie qu’elle n’arrive pas au bout ! »
- « Tu rigoles ou quoi ? Allez, mon cœur, tu vas tout boire, pas vrai ? »

Ils s’excitaient tous les deux en se tapant sur les cuisses, aussi prit-elle sur elle de faire cul sec. L’alcool descendit et remonta. Elle se couvrit la bouche des mains et se précipita s’isoler dans la salle de bain. Elle vomit. Sa tête tournait, ses doigts tremblaient. Elle s’aperçut blême dans l’armoire à pharmacie. Elle se déshabilla et entra dans la douche. L’eau tiède pénétrait doucement sa chevelure, Emma revint à elle. Le savon parfumé rassurait son corps et évadait son odorat. Elle replaçait la tête sous le jet lorsqu’un courant froid l’étreignit. Elle frémit. Il venait d’ouvrir le rideau d’un geste large. Elle poussa un petit cri de surprise.

- « Alors, tu es d’accord ? »
- « Pourquoi ? »
- « Laisse tomber. Tu vas voir. »

Il récupéra les vêtements qu’elle avait posés sur le porte-serviettes et rejoignit la pièce principale. Emma s’essuya et enfila son peignoir blanc en nids d’abeilles. Elle s’apprêtait à filer discrètement dans la chambre afin d’enfiler quelque chose quand Il l’intercepta. L’intensité lumineuse changea. Il restait dans son dos, solidement rivé à ses épaules. Emma sentait son haleine chatouiller sa nuque. Il était brûlant. Elle était glaciale.
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lundi 19 mars 2012

Les clefs : 1 - 6



1 – 6

Il poussa d’une voix rauque :
- « Tu la veux ? Prends-là ! »
Emma eut un mouvement de recul. Il resserra l’étau de ses mains. Le Breton glissa jusqu’à elle sans se lever. Ses yeux n’étaient que deux fentes luisantes. Ses dents pointaient à l’orée de ses lèvres charnues. Elle sursauta violemment dès qu’il commença à l’effleurer. Il frôlait pourtant ses pieds avec délicatesse, il jubilait remontant tel un serpent jusqu’aux chevilles qu’il empoigna avec une force inattendue. Le Breton la dévisageait sans émotion reprenant son ascension, les mollets, les genoux qu’il vint mordiller, l’entrecuisse… Emma, transie jusqu’alors, se mit à hurler et à se débattre impuissante. Le Breton se replia tout de même contre le mur de peur de subir la ruade. Emma se sentait reprendre de la force. Il relâcha sa poigne, elle libéra un bras se retournant pour lui faire face, mais tandis qu’elle achevait son mouvement, Il lui décocha un coup de poing qui l’envoya à terre. Emma était sonnée. Jamais elle n’avait vécu cela. Elle avait toujours été une petite fille sage. Elle avait reçu plus de conseils de ses parents que de réprimandes et encore moins de claques. Elle gisait sur le sol et le fixait avec rage.
- « Ne me regarde pas comme ça ! Baisse les yeux ! »
Elle ne lâcha pas prise. Il fulminait. Elle le provoquait. Il l’insulta et la saisit pour la projeter de toute sa colère contre l’armoire. Le crâne d’Emma vint heurter la porte en bois qui s’entrouvrit à l’instant où elle perdait connaissance.


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lundi 12 mars 2012

Les clefs : 1 - 7


1 – 7

Emma a beaucoup marché, elle n’en peut plus. Elle est même revenue sur ses pas. Elle déambule dans Paris, déconnectée du monde réel. C’est en fantôme qu’elle trouve un coin dans un bar bardé de néons. Elle retire ses chaussures sous la table et commande une boisson chaude et un sandwich. Quelle heure est-il ? L’heure de la présence hypocrite de la lune dans le jour encore vif. L’heure des flash-back, de l’angoissante réalité. Elle pleure. On l’avait bien prévenue. Elle n’avait rien voulu entendre. Elle avait même pensé que le bonheur des uns faisait le malheur des autres. Comment peut-on à ce point ne pas connaître l’être avec lequel on vit ?

Elle aurait préféré ne pas revenir à elle. Ils l’avaient transportée dans la chambre. Sa tête était posée sur l’oreiller, on la prenait calmement. Lorsqu’elle ouvrit les yeux, Il était assis en face et la scrutait. Le Breton intensifia son va-et-vient. Elle voulut réagir mais elle ne le put pas. Elle suffoquait. Le Breton sortait et replongeait en elle avec rudesse. Elle poussa une plainte qui sembla le ravir. L’étranger se la donnait de plus belle. Il les observait en se décomposant, Emma laissait filtrer son image ténue entre ses cils et se mit à gémir. Il pinça les lèvres, l’autre se pondéra la quittant de nouveau. Le Breton se caressait le sexe entre ses fesses, il s’apprêtait à la sodomiser quand Il surgit d’un bond de l’autre extrémité de la pièce le chassant brutalement.
- « Non. Tu n’y as pas droit. Cette partie d’elle n’appartient qu’à moi ! »
L’autre capitula et battit en retraite salement exhibé au fond de la pièce, visqueux et sur sa faim. Emma le vit passer misérablement humain dans sa nudité, elle éprouva la pitié dont il ne faisait pas preuve. La seule chose qui semblait désormais intéresser le Breton était la manière dont Il était censé l’achever. L’homme pensait sans doute se finir en observant la manœuvre. Celui qu’elle aimait lui mit une tape sur le cul.
- « Bouge ! Je t’ai vu te cambrer pour lui, tu peux bien onduler un peu pour ton mec ! »
Emma demeurait statique. Il la frappa plus fort. Elle ne réagissait pas. Le Breton se mit à ricaner. Il tentait de la pénétrer mais il bandait mollement, son sexe pliait et ricochait contre la chair. Il poussa un râle d’exaspération.
- « Tu ne peux pas y mettre du tien ? »
Emma faisait la morte. Il insistait sans y parvenir au point de l’esquinter. Il était mou. Désespérément lâche, le Breton continuait de se moquer. Il se rétracta au bord du lit, sa respiration rythmait ses nerfs, ses poings déchiraient presque les draps. Emma ferma les yeux. Elle écoutait. Il stoppa sa respiration, le Breton avait gloussé de nouveau, une raillerie de trop. Il lui fonça dedans et le traîna sauvagement de l’autre côté de la pièce. Il revint furieux, prit les fripes de l’ironique et lui envoya à la figure.
- « Maintenant tu te casses ! »
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lundi 5 mars 2012

Les clefs : 1 - 8



1 – 8

La porte de la chambre fut refermée dans l’emportement général. Les sons parvenaient étouffés jusqu’à Emma, mais elle entendit le Breton éclater d’un rire complètement cynique. Rien ne semblait pouvoir terrasser ce rire qui retentissait entre les parois vides du couloir. Des bruits de lutte… les éclats de rires se tarirent, on heurta un carton de vaisselle, plus rien. Emma se concentrait. Plus rien. Puis la porte d’entrée s’ouvrit et se referma. Elle s’attendait à voir quelqu’un débarquer mais l’immobilité avait gelé l’appartement. Emma était accablée par une fatigue extrême. Ses membres étaient engourdis.
Elle souffrait sans encore tout réaliser. Quand allait-il se décider à revenir ? Emma se laissait aller, le vide l’envahissait, un de ces néants qui mettent fin aux envies comme aux angoisses. Elle ne sentait pas le fil de salive qui la reliait à la taie d’oreiller, seul cet abattement total qui la rivait à la terre tandis que son esprit souhaitait s’évader. Tandis qu’elle cherchait l’ailleurs, Il revint.
- « Tu dors ? »
Silence. Il s’approcha, la frôla et vint poser quelque chose de froid contre son poignet qui la blessa. Elle ne poussa pas même un soupir. Il souffla. Elle ne donnait aucun signe de vie. Il lui dégagea tendrement une mèche sur le front.
- « Tu dors ? », répéta-t-il avant de planter le couteau dans l’oreiller d’Emma et de quitter l’appartement comme un dément.

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lundi 27 février 2012

Les clefs : 1 - 9


1 – 9

Depuis combien de temps Emma est-elle perdue dans son film intime ? La nuit s’est étoffée, elle déverse un généreux flot d’étoiles qui promettent un lendemain lumineux.
Un homme étrange et fascinant la dévisage depuis la table voisine. Emma espère le remettre à sa place par une grimace ennuyée, mais il est absorbé par sa présence. Elle essaie de l’ignorer, en vain, ces yeux sont trop francs. Au bout d’un moment, il se lève et vient s’asseoir en face d’elle. Il ne cesse de la défigurer, Emma pénètre ses iris et ressent une sorte de trou noir. Elle chute dans l’inconnu. Il n’est que silence et profondeur. Elle ne peut parler tant l’intensité des secondes puis des minutes qui passent, pèse sur sa personne. Il la décortique visuellement, il dégage la lourde porte de chair et contemple au-delà de ses organes sa peur d’âme enfermée.
- « Vous êtes la victime parfaite. »
Il a baissé les yeux en ouvrant la bouche. Il n’a pratiquement pas bougé les lèvres.
- « Et j’imagine que vous êtes le prédateur ? »
- « Cela se pourrait. »
Il attend l’émancipation des sons qu’il a produits avant de la fixer encore un long moment. Emma fatigue. Elle commence à être dans un état où plus rien n’a d’importance. Il baisse la tête et reprend :
- « En fait, non. Vous ne m’intéresseriez pas ce soir ! »
- « Pourquoi donc ? »
- « Parce que vous vous en fichez de mourir. Je suis un homme, pas un animal. Je n’ai guère envie de vous manger, la société m’engraisse suffisamment. Alors quel intérêt aurais-je à vous tuer si ce n’est pour vous déposséder de ce qui vous tient le plus à cœur, autrement dit : la vie ? Il faut de la souffrance pour m’enthousiasmer, des cris, de l’horreur.
Pourquoi irais-je soulager les âmes suicidaires ? Je vous l’ai dit, le malheur des autres est un moteur considérable. »
Il contorsionne ses mains aux ongles rongés. Plus il s’exprime et plus son visage subit un enchaînement de tics. Sa joue remonte à la fin de ses phrases en un rictus qui lui confère une angoissante apparence.
- « Alors pourquoi venir à ma table si ce n’est pas pour me nuire ? »
- « Voilà ce qui fait de vous une martyre : votre naïveté. Vous ne comprenez pas vite ! Je suis là pour vous aider. »
- « Je trouve cela antinomique ! »
- « Au contraire, si je parviens à vous remettre sur la voie, vous pourriez goûter au bonheur et allez savoir, nous pourrions venir à nous recroiser… »
Sa joue se contracte et fait plisser son œil clair. Il se tord désormais les doigts sous la table.
- « Alors, comment allez-vous m’assister ? »
- « En vous guidant vers la reconnaissance de vous-même. Vous êtes transparente. Vous avez très peu conscience de votre être. Vous êtes douce. Vous êtes tendre. Votre aura est pastelle, elle luit comme un phare en mer. Il est évident que cette source de clarté attise les convoitises. Vous permettez à ceux qui n’en ont plus de consommer de la vertu. La jeunesse vous égare et par méconnaissance de l’amour vous sacrifiez tout aux autres. Votre corps est votre maison, votre esprit est un guide, votre vie vous appartient. Voilà ce que la maturité vous dévoile. Or, vous donnez immodérément et sans considération. Méfiez-vous de trop vivre à travers les autres, les vampires modernes ne dorment plus dans des cercueils mais ont toujours de bons arguments pour s’abreuver à votre énergie vitale. »
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lundi 20 février 2012

Les clefs : 1 - 10


1 – 10

Emma demeure attentive tandis que les vagues de paroles s’échouent à ses oreilles. Il plante ses pupilles immenses droit dans son cœur et cesse de grigner. C’est elle qui, à cet instant, ne parvient à faire face. Il s’excuse et la laisse un moment. Il est tard, le bar va bientôt fermer. Il reparaît et lui glisse devant les yeux un trousseau de clefs.
- « J’ai connu quantité de remises en question. Moi aussi, il fût un temps, je ne savais pas où aller. Je m’en rappelle, aussi vous trouverez l’adresse sur le porte-clefs. Rassurez-vous, je n’y vis pas. Restez-y autant qu’il vous sera nécessaire pour réfléchir… »
Il pose les clefs sur la table et disparaît.
- « On va fermer ma petite dame ! »
Emma se dresse, hésite et finit par prendre le trousseau avant de s’éclipser.
La lune en arêtes semble indiquer le chemin, Emma suit son conseil. Elle marche, il fait frais, le vent l’étreint au coin des rues. Un pas, encore un pas, un autre, un suivant et voici qu’apparaît la Seine miroitante. Emma descend l’escalier au pied de Notre-Dame et rejoint le fleuve. L’eau noire avale et recrache les étincelles orangées des réverbères. Emma respire de toutes ses tripes. Elle se sent libre, libre d’avoir, à partir de maintenant, le devoir de se respecter elle-même. Elle saisit les clefs dans sa poche, elles sont fraîches dans sa main. Elle contemple le clapotis dans lesquel se brisent les lignes des belles architectures et, soudainement, elle balance les clefs à l’eau. Le trousseau s’engouffre sans bruit dans les profondeurs mystérieuses du fleuve. Elle part, elle trouvera bien un hôtel. Quant à la clef du bonheur, elle verra ça demain.

lundi 13 février 2012

L'Eté

"Dans ce soleil vibrant
j'ai apposé mon ombre
d'homme méprisant."

SAMUEL

lundi 6 février 2012

Homicide X : 2 - 1


HOMICIDE X

2 - 1

Une mouche virevolte contre un carreau de l’atelier. Une chaleur moite stagne dans la pièce écrasée de lumière. Un ciel bleu franc laisse filer quelques moutons blancs. Le soleil est partout, victorieux sur l’ombre. Le bourdonnement incessant d’un insecte fait ciller Samuel nerveusement. Il est assis dans son fauteuil américain en cuir fauve et fait face au chevalet sans pour autant contempler la toile encore luisante et poisseuse. Il semble éreinté et ne cesse de se repasser son mouchoir sur le front et sous le nez. Il perle aussitôt. Il voudrait retirer sa peau, l’accrocher là, au portemanteau acajou et redécouvrir la fraîcheur d’un patio verdoyant et malheureusement imaginaire. La mouche insiste en se cognant contre la vitre dans le dessein évident de percer le ciel. Elle irrite Samuel quant à son incapacité à y parvenir. En ce moment précis, l’été n’est rien. La chaleur écrasante n’est rien. Il n’existe que cet insecte perturbant et cette odeur. Odeur omniprésente désormais. Odeur accusatrice. L’odeur noire. Cet arôme âcre de la mort qui, subrepticement, commence à prendre le dessus sur l’essence de térébenthine. Samuel s’éponge à nouveau le front, la lèvre, les coins de la bouche. Il est abattu. Il ne sait plus quoi faire. Il se lève. Il se rassied. Il serre son mouchoir dans son poing. Ce n’est pas qu’il soit réellement peiné, ce qui l’angoisse, c’est l’organisation, le déroulement de la manœuvre, le timing. L’insecte s’entête absurdement. Samuel se dresse, va jusqu’à la baie vitrée. Il patiente en regardant la rue en contre-plongée puis, d’un coup, il saisit la mouche pour l’écraser dans sa paume. Cela suffisait !


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lundi 30 janvier 2012

Homicide X : 2 - 2


2 – 2

Le faux silence, le jour si cru et la toile si présente. Ce corps si réel, sa vibration obsédante, Samuel ne peut finalement s’y dérober. Il ne se souvient pas d’avoir peint autre chose que des femmes. Elles l’ont toujours particulièrement inspiré. Souvent, il ne s’attache qu’à un détail car leurs ensembles lui paraissent trop évidents. Il cherche leurs couleurs intimes, leurs fascinantes gestuelles, le moyen de les faire taire. Il veut l’animation, le goût secret du sucre et de l’amertume. Il espère l’apaisement après la passion sensuelle de l’application des matières sur le support encore vierge. Il se régale de sa cuisine d’huiles et de pigments. Il se grise aux essences anciennes. Il vampirise son modèle jusqu’à l’abandonner, vidé, dans un coin de la pièce, figé dans la pose. Il parvient à s’oublier lui-même pour ne laisser vie qu’au hasard d’une rencontre, qu’à la magie d’un instant. Il aime la pluie sur l’atelier, l’alcool fort et la limite d’un pas franchie. Il affectionne les teintes franches et les obscurités. Il exprime les cruelles vérités.

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lundi 23 janvier 2012

Homicide X : 2 - 3


2 – 3

Midori n’a pas bougé. Fièrement, elle tient sans broncher. Ses poignets liés lui étirent les bras en une contraignante prière. Ses jambes de sirène très blanches sont repliées sous elle et ne laissent apparaître que ses chevilles fines de porcelaine bleutée. Sa longue chevelure noire et épaisse casse, luisante, sur l’onde de sa taille et va mourir sur ses hanches. Ses pieds sont des lotus aux pétales entrouverts.
- « Ce n’est plus humainement tolérable. Je vais te décrocher… »
Samuel se précipite soudain. Il prend une chaise au passage et grimpe dessus pour dénouer le lien. Midori se laisse faire. Pas un mot.
- « C’est trop serré. Attends, je vais chercher de quoi couper. »
Il revient avec un énorme couteau de chasse. Il remonte sur la chaise et après une profonde inspiration, il coupe le cordon.
Le corps tombe de son piédestal sur le tapis rouge.
- « Ça ne va pas… »
Samuel agrippe les chevilles et tire pour déplier le corps.
- « C’est pas vrai ! »
Midori est rigide. Elle ne veut pas s’allonger.
- « Il va falloir te détendre ! »
Samuel s’entête et enfin, l’une des jambes cède puis l’autre après un craquement sordide. Il sue à grosses gouttes. L’odeur est épouvantable. Il passe à l’avant pour lui mettre les bras le long du corps mais voici qu’une jambe commence à se rétracter derrière lui pour reprendre sa forme initiale. À bout de nerfs, il part dans la cuisine se servir une vodka. Il ouvre la fenêtre, le soleil l’envahit, il se retrouve aveuglé. Il se fait au plus vite une visière de doigts rouges et finit par tourner plus radicalement le dos. Il descend son verre et retourne à côté. Midori semble être une poupée abandonnée au sol par un enfant colérique. Un rai de clarté traverse son regard vitreux. Alors, il s’y atèle de toute sa volonté et réussit par l’enrouler dans le tapis comme un gros nem. La tâche s’avère épuisante et Samuel finit par s’asseoir dessus, la tête entre les mains, liquide et essoufflé. Il ressort son mouchoir, se le passe sur le visage, le cou, la nuque. Il se décide à aller prendre une douche froide. Il ne reparaît qu’un long moment plus tard en pagne et les cheveux humides. Après un regard circonspect dans la pièce, rien n’a changé, il peut aller faire sa sieste. Il monte l’escalier qui mène à la chambre, une pièce spacieuse. Il y fait le noir en tirant de lourds rideaux et allume la lampe de chevet près du grand lit carré. Il vérifie que tout va bien puis il éteint avant de s’étendre en croix. Ses yeux restent collés au plafond. Un souffle parvient à pénétrer entre les sombres voilages. Un rayon fend l’espace et dore la poussière en suspension. Cette fois, Samuel ferme les paupières, il se masque de ses paumes, pourtant des lumières flashent l’écran de sa conscience…

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lundi 16 janvier 2012

Homicide X : 2 - 4


2 – 4

Les spots irradiants d’une boîte de nuit Parisienne, Midori qui danse contre les corps moites, électrisée par la musique aux basses impitoyables. Son corps frappé par les faisceaux des projecteurs, son audacieuse ondulation, sa lèvre qu’elle mord…

Samuel rouvre les yeux, le rai de soleil continue à vibrer dans l’air, la poussière persiste à virevolter. C’est encore une belle fille. Elle n’est pas encore ce rouleau de printemps périmé qui dort en bas…

Son visage est plus abstrait que ses formes.
Elle en veut, elle se déhanche sans pitié. Le monde n’est rien sous ses pieds. Il la veut. Il la désire. Il rôde. Elle puise dans son regard l’énergie qu’il lui faut pour suivre la cadence binaire et fuyante. Il l’envisage. Elle s’offre à la sensuelle agitation des nappes cristallines livrées par les mélodies électroniques. Il se colle à la balustrade. Elle l’inspire. Il la dévisage. Elle s’étire. Il est en nage. Elle abandonne la cadence et vient le frôler avant de s’engager vers l’arrière-salle. Samuel sent l’attraction lactée de cette peau si pâle qu’elle laisse une traînée luminescente dans la nuit de lumière noire. Le prédateur est en éveil, les odeurs l’enveloppent davantage, il la renifle presque, tandis qu’elle s’est laissée approcher sur un divan de velours rouge. Elle est ce doux fruit à l’arôme floral qui suinte le musc et l’aventure, là, juste à portée de ses doigts, mais il ne souhaite pas la toucher, pas encore. Il veut observer ce fruit insolite, l’aider à mûrir avant de le croquer.

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lundi 9 janvier 2012

Homicide X : 2 - 5


2 – 5

- « Vous êtes très belle mademoiselle. »
Elle ne sourit pas. La seule chose qui la taraude est la manière d’attacher sa queue de cheval. Elle pousse un soupir blasé sans le quitter des yeux. Un autre couple s’incruste sur le divan dans son dos et lui tire les cheveux par mégarde. Elle bondit et leur crache des paroles inaudibles. Samuel profite de l’incartade pour lui saisir le poignet et l’entraîner à sa suite dans le brouillard de tabac. Les veines chaudes palpitent dans sa main, Samuel défie la barrière de danseurs qui s’écartent en sautillant.
Ils longent les enceintes, elle récupère sa main pour se boucher les oreilles néanmoins elle continue de le suivre. Ils se présentent au vestiaire :
- « Samuel, et toi comment t’appelles-tu ? »
- « Midori. C’est japonais. »
Elle est grimpée sur deux marches pour arriver à sa hauteur.
- « Alors, on y va ? » dit-elle.
- « Où ça ? »
- « Eh bien chez toi ! On ne va pas sonner chez mes parents à cinq heures du matin pour aller baiser dans ma chambre ? »
Samuel monte l’escalier sans plus poser de questions. Il salue le physionomiste et débouche sur le boulevard toujours nocturne. Il hèle un taxi en projetant sa silhouette dans ses phares.

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lundi 2 janvier 2012

Homicide X : 2 - 6


2 – 6

Samuel vient d’être secoué par un spasme. Il se redresse dans une nausée soudaine, son estomac se rétracte douloureusement. Il n’a pas mangé depuis la veille. Le sommeil ne viendra pas.
Il descend jusqu’à la cuisine et se fait des spaghettis au beurre le tout arrosé à la vodka. Il retourne se poser dans son fauteuil en cuir pour manger. Son regard se diffuse dans le parquet jusqu’à ce qu’il constate l’emprunte cerclée de poussière du tapis. Il tique. Il part en quête de l’aspirateur et fait glisser au passage son assiette sur le rouleau de printemps. Ce n’est qu’après avoir aspiré toute la pièce et une bonne partie du couloir que Samuel s’autorise à finir son assiette. Il vérifie la porte d’entrée et remonte se coucher.
Il dort. Ses orbites semblent animées par son film intérieur :
Midori se faufile dans la ruelle où il habite. Il lui indique l’immeuble et l’étage et la porte. Elle entre dans l’appartement. Il allume. Elle flâne entre les toiles tandis qu’il leur sert à boire. Il ne la quitte pas des yeux. Elle marche et ses cuisses froissent le tissu léger de son pantalon en se frottant l’une contre l’autre. Ce doux froissement lui fait penser à un vol de papillon. Samuel songe au printemps qui vient d’entrer chez lui. Elle est là. Il est ivre de promesses, elle lui fait face et…
Samuel se dresse horrifié dans son lit : elle est là ! En bas…
(.../...)

lundi 26 décembre 2011

Homicide X : 2 - 7


2 – 7

Comme Midori reste silencieuse, Samuel parle de sa vie. Du pourquoi il est devenu peintre, de son refus de la réalité.
- « Alors pour toi je ne suis qu’un fantasme de plus. »
- « Cela te dérange ? »
- « Bien au contraire ! »
- « Que veux-tu dire ? »
- « Nous sommes des consommateurs, voilà tout. Toi tu veux pomper ma jeunesse et moi ton portefeuille, quelque part l’équilibre est respecté. »
- « Tu veux de l’argent ? Mais c’est du délire ! »
Samuel est choqué.
- « Pourquoi m’as-tu ramenée chez toi ? Pour me baiser ? Pour me faire poser ? Qu’importe que ce soit pour l’un ou pour l’autre, de toute façon, il te faudra payer. »
-« Ok ! Puisque c’est comme ça, tu vas poser ! »
- « Nue ? Alors ce sera plus cher ! »
- « Déshabille-toi ! »
- « Les billets d’abord. »
Samuel lui tend l’argent. Son excitation se transforme en passable irritation. Il ne supporte plus ce chewing-gum qu’elle mastique bouche entrouverte. Sa moue est à la fois candide et extrêmement étudiée. Qu’elle âge peut-elle avoir exactement ? Seize ans, dix-sept ans peut-être… Peu importe, il a payé, il a tous les droits ! Comme elle dit : le client est roi. Elle plie consciencieusement ses billets dans son porte-monnaie et sans lever les yeux, entreprend son strip-tease.
- « Tu peux être belle mais tu es d’une banalité en cet instant précis ! »
Elle est piquée, sa cambrure s’est affirmée d’un coup, son regard noir luit rageusement.
- « Voilà, là tu as du chien ! »
Elle bout, coite, attendant qu’il lui explique la suite de son élucubration.
Samuel improvise une estrade avec la table du salon sur laquelle il précipite un linge bleu en cascade. Il lui fait signe de monter.
- « Je ne t’aide pas puisque tu es une vraie professionnelle ! »
Elle ne se laisse pas démonter et s’installe sur son piédestal plus boudeuse que jamais. Il s’assied dans son fauteuil et la contemple un long moment sans commentaire.

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lundi 19 décembre 2011

Homicide X : 2 - 8


2 – 8

- « Je ne vais peindre que ton corps. Ton visage est fermé tant tu es gênée. »
- « Je ne suis pas mal à l’aise ! »
- « Ce n’est pas la nudité qui t’effraie, c’est mon regard. Ce qu’un vieux con comme moi peut bien penser d’une si jeune personne qui se vend déjà. Ce que songeraient tes parents en te voyant affalée sur mon drap bleu. Tu es si concrète que le rêve semble s’être détourné de toi. Ton esprit n’est pas formé que ton corps s’étale déjà sans complexe. Ma toile va sentir la chair fraîche. »
- « Parce que tu ne te vends pas à travers ton art peut-être ? »
- « Si. Mais je maîtrise ce que je donne autant que ce que je prends. »
- « Alors nous sommes trop différents pour nous comprendre. »
- « Au contraire, nous partageons la crainte du lendemain. Moi, je vis ma bohème et toi, tu engranges ce que ta fraîcheur peut te rapporter. »
- « Ce n’est pas moi qui détermine le fonctionnement du système. La sélection naturelle d’aujourd’hui c’est la richesse et la beauté. Il se trouve que nous ne sommes pas égaux. J’ai eu de la chance, je ne suis pas vilaine, aussi, suivant les conseils de Ronsard, je n’ai pas l’intention de passer à côté des portes que mon physique peut entrouvrir.»
Samuel soupire à son tour. L’atelier s’illumine à l’aurore. Il se sent accablé par sa nuit mais il décide de se mettre au travail. Il se perd silencieusement dans ses préparations.

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lundi 12 décembre 2011

Homicide X : 2 - 9


2 – 9

La toile lui fait désormais face. La surface vierge le fait frissonner. Il vibre sous le coup de multiples émotions qu’il ne trie pas encore, il les exprimera par la grâce des matières. Il fait un pas en arrière, retient sa respiration comme s’il ne devait jamais refaire surface. Mécontent, il grogne et traverse l’atelier jusqu’à Midori qu’il saisit brusquement. Il lui impose une attitude suppliante, les bras tendus et les paumes offertes au regard du ciel. La position très anti-naturelle devait rapidement devenir un supplice pour la demoiselle dont les coudes tremblotants indiquent déjà le calvaire.
Enfin satisfait, il regagne le point de vue de son chevalet. Il s’arme d’un pinceau puis expire au maximum avant de saisir avec assurance les contours de la jeune fille d’un noir luisant teinté de grenat. Ses élans, presque brutaux, font apparaître le mouvement sur la toile, ironie, tandis qu’il considère son modèle immobile. Un soleil blafard déambule dans la pièce. Samuel est un animal livré à son instinct, il griffe l’épaisseur de la sombre pâte huileuse avec un couteau, le pinceau gît au sol, il était devenu inutile. Par sa gestuelle, il accentue l’étirement de son personnage, déterminé à faire jaillir un esprit de ce corps.
Dès l’instant qu’il peint, le temps n’existe pas.
Midori à la limite de défaillir, baisse les bras.
Le peintre l’ignore, perdu dans son combat avec la matière. Ses doigts sont gluants de la chair de son personnage, ses yeux sont absorbés, ailleurs, dans cet inconnu qu’il crée. Elle glisse lentement jusque sur le tapis épais et trotte le plus discrètement possible vers la cuisine. Elle se sert un verre d’eau. Elle ouvre le réfrigérateur et y passe la tête pour se rafraîchir. Il n’y a rien dedans hormis de la bière et une bouteille non étiquetée.
- « Tu peux me dire ce que tu fais là ? »

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lundi 5 décembre 2011

Homicide X : 2 - 1O



2 – 10

Midori fait face. Les fourmis qui lui courraient dans les bras se sont figées dans ses veines.
- « Je me désaltère. Il s’agit d’un acte vital, tu n’as aucun droit de me l’interdire. »
- « Tu as raison. Je n’ai nullement l’intention de te nuire, tu sais. Je ne suis pas un criminel. Je n’ai jamais tué personne. Tous les hommes ne sont pas les monstres que tu imagines. »
Samuel dégouline. Midori le trouve presque touchant, bien qu’un peu pitoyable. Elle n’est pas fan de peinture, ce type n’est rien pour elle. Il est même très éloigné de l’idéal d’une demoiselle de seize ans qui en paraît vingt-deux. Elle a conscience de la valeur commerciale du corps de sa jeunesse. Elle conçoit la place des fantasmes dans ce monde de virtualité. En poupée manga, elle entre dans le jeu des adultes, dans les enjeux et les vices du quotidien. Elle ne perdra pas sa partie. Elle consommera sa part, ce sera toujours cela de pris, qu’elle trouve ou non un sens à la vie, une réelle utilité.
Samuel détaille Midori nue dans sa cuisine. Elle n’a strictement rien d’une ménagère. Elle traîne jusqu’en plein jour ce je ne sais quoi de lunaire, comme un manque de réactivité au soleil, une pâleur revendicatrice d’obscurité. Ses yeux sont des braises mystérieuses qui transpercent une frange épaisse. Elle doute, aussi se montre-t-elle agressive. Il fait un pas vers elle, pose la main sur son ventre, puis il passe dans son dos et fait remonter sa main jusqu’à la maintenir muette. Il frôle l’oreille percée :
- «Après nous avoir accouchés, les femmes n’ont qu’une façon de nous espérer à nouveau dans leurs ventres : en nous dévorant. »
- « Je n’ai rien compris ! »
- « Retourne poser. »
- « Mais j’ai très mal dans les bras ! »
- « Vas te préparer. Je reviens avec la solution. »

(…/…)

lundi 28 novembre 2011

Homicide X : 2 - 11


2 – 11

Samuel se dit en lui-même en partant que si les femmes avaient conservé une confiance impassible en l’homme, elles n’auraient pas à s’épuiser en rivalité puérile. Le sexe fort, l’emblème phallique millénaire, c’est quand même bien Lui. Devant l’effort physique, elles avaient besoin de bras. Voilà le résultat de l’ère technologique : moins de muscles et plus de prises de tête. Ce nouveau millénaire sera spirituel, paraît-il ? Faudra-t-il que toutes les femmes prennent une démarche de charretier et que les hommes acceptent la castration morale ? La religion nous conseille l’amour et promulgue les attentats. La société charrie et saigne ses hordes de célibataires. La génétique vole l’arc de Cupidon… Samuel gravit l’escalier, à l’étage, il se penche au balcon et jette un cil sur Midori, qui, juste sous lui, assise sur la table laisse balancer sa jambe telle une enfant affranchie. Il soupire en passant devant la porte de sa chambre qu’il referme machinalement et s’engouffre dans sa caverne aux trésors au bout du couloir. Ici, il archive, il entrepose tout cet indispensable dont il n’use que rarement : meubles en attente de rafraîchissement, objets insolites dénichés dans les vide-greniers du quartier, lampes sans lumière, horloge sans tic tac. Il se met à fureter, inconsistant au milieu des cartons non étiquetés et des sacs de voyage vides. Voilà qu’il tombe sur une corde assez longue pour le satisfaire aussi s’en retourne-t-il le cœur léger. Lorsqu’il reparaît du haut de son balcon, il lance en souriant un :
- « J’ai trouvé !», faisant immédiatement démonstration de sa trouvaille.
- « Tu as décidé de me pendre? »
Midori laisse sortir un bout de langue rose à une encoignure de sa bouche et révulse les yeux, agonisante.
- « En quelque sorte, mais tu vois le mal partout, je pensais principalement à te soulager… »
Il noue la corde à la balustrade puis fait remonter l’autre extrémité jusqu’à lui et la fixe.
– « Mon grand-père m’a appris à faire certains nœuds qui servent aux marins. L’un d’entre eux a le pouvoir de ne pas se refermer. Ainsi tu pourras prendre appui sur la corde ce qui te demandera un moindre effort. Nous ferons des pauses régulières. J’ai posé une bouteille d’eau près de toi… »
Midori se remet en prière. Elle semble s’être décontractée malgré la difficulté de la tâche.


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lundi 21 novembre 2011

Homicide X : 2 - 12


2 – 12

Samuel s’abandonne à nouveau, sans palette, il jette les couleurs sur la toile. Il les caresse ou les attaque, les griffe, les mélange, les lisse ou les empâte. Il contraste la blancheur opaline de son corps d’huile fraîche avec l’assombrissement d’un paysage qu’il n’esquisse qu’à peine dans l’atmosphère d’une lune probablement dévorée par les nuages. Plus il pénètre l’image qu’il crée et plus il progresse dans ses propres révélations. L’été, qui pourtant, à poser ses valises dans l’atelier ébloui et surchauffé, ne transparaît d’aucune manière sur la toile. La noirceur mystérieuse et intemporelle d’où jaillit la Midori figurée ne transmet qu’un frisson d’étrangeté. Il ne fait pas si chaud à l’orée de ce corps bloqué dans l’obscurité. Le tableau est loin d’être achevé mais il est sorti. Il existe déjà. Il produit un effet encore un peu confus du fait de sa luisance extrême. Samuel s’essuie les mains et remet sa mèche en arrière.
- « Nous allons faire une pose ! »
Il va aider Midori à descendre, l’assiste pour passer un peignoir et l’invite à le suivre dans la cuisine. Il propose un verre d’eau. Elle accepte un soda et se contente d’un sirop d’orgeat. Il se sert une vodka. Ils se désaltèrent en fixant le cul de leurs verres, essoufflés par la température exceptionnellement caniculaire. Précisément, ils n’ont plus grand-chose à se dire. Ils sont près des fourneaux comme un vieux couple d’hypertendus, convaincus que tout ce qui est atteint est détruit. De retour de l’autre côté, Samuel incite Midori à venir voir ce qu’il a avancé. Celle-ci refuse. Princesse hautaine, elle regrimpe sur son trône sans desserrer les lèvres. Sans tarder, Samuel reprend son ouvrage. Sa créature s’est opacifiée sous l’assaut des rayons solaires alors il la galbe, joue des nuances, arrondit ses anguleux secrets. On entrevoit un visage assez flou, un regard indistinct qui mène droit au rêve. Samuel retravaille avec un pinceau fin les reflets de la chevelure mouvementée. Il peaufine la douceur du grain, l’air menaçant de ce sein pointé vers le ciel. Il retouche les plis de la taille, l’ombre des chevilles, des genoux, la cambrure du pied. Il s’applique à la vérité de ses mains suppliantes, à la souffrance de ce corps en attente.

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lundi 14 novembre 2011

Homicide X : 2 - 13


2 – 13

Le téléphone retentit de façon surprenante. Samuel hésite et disparaît finalement en se vengeant sur le torchon. Ne parviennent que des bribes de conversation :
- « Non, mais tu plaisantes !... »
Rire. Silence. Rire. Soupirs. Les sons s’éloignent. Midori tend l’oreille. Rien. Elle décide d’aller écouter ça de plus près. Il raccroche. Elle glisse. La corde coulisse sous la traction. Midori, surprise, voit Samuel revenir les yeux baissés, radieux. Il abandonne le torchon avec lequel il était parti, il récupère sa veste sur le portemanteau et lui lance juste un : - « Je reviens… »
Elle entend déjà se refermer la porte d’entrée.
Midori n’en revient pas. Elle se dit tout haut :
- « Il s’est barré ce con-là ! »
Machinalement, elle tire sur la corde mais celle-ci s’est resserrée sur ses poignets. Elle s’agace et au comble de l’excitation, elle se déchaîne sur son lien, qui à l’inverse de l’effet désiré, se rétracte au point de la blesser. Désormais debout, elle essaie de reprendre son souffle qui s’accélère dans la panique entraînant ses pulsations cardiaques.

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