lundi 2 mars 2009
12 - 3 : 2600
12 – 3
La vieille sono semble s’éteindre. Me A2C9 s’avance aussitôt d’un pas alerte.
Rappelons les faits si vous le voulez bien… Cet humain, dont nous ne savons rien, a été interpellé tandis qu’il tentait d’entrer en communication avec les Hémisphères principaux sur le réseau direct. Son arrestation musclée l’a amui de manière que nous ne saurons jamais la raison de son intrusion, certes volontaire, mais dont vous ne pouvez prouver la nature coupable…
Le garde de l’Univers réplique indigné :
Il s’agit là d’une plaisanterie ! Cette créature est à elle seule la synthèse de l’évolution de son espèce ! Quoique vous espériez opposer avec de vains discours sur l’éducation pacifique qu’il aurait pu recevoir et tous les tralala de service sur l’empire des sensations et autres colifichets romantiques, le rapport de experts est formel : l’opportunisme, l’agressivité, la violence sont inscrits dans sa génétique. Quel qu’il soit, l’humain est possédé par son attrait pour la suprématie ! Ce prédateur a muté en virus ! Il ne s’adapte pas au milieu, il le modifie jusqu’à le mettre en péril. Non seulement il est nuisible pour l’environnement, mais il a prouvé qu’il était dangereux pour ses congénères comme pour lui-même.
C’est un destructeur !
Me A2C9 ne se laisse pas démonter :
Vos griefs vous égarent. Faux procès que celui du grain d’herbe au milieu des herbes folles ! A votre tour vous sombrez dans ce désir de suprématie que vous reprochez à mon client. Regardez-le, diminué, misérablement nu, tremblant, sans repères… Il fait partie des derniers spécimens d’une espèce condamnée et vous voudriez tirer sur l’ambulance ?
(.../...)
lundi 23 février 2009
12 - 4 : 2600
12 – 4
La vieille sono s’est mise à clignoter comme ressuscitée d’une longue veille. Le gyrophare de l’ambulance traverse virtuellement la pièce minimaliste.
Le Garde de l’Univers ricane avant de grincer :
Votre doucereuse inconsistance est stupéfiante… Vous devriez vous faire vérifier… Il est évident que vous avez grillé quelques circuits ! Pourquoi représentons-nous la justice ? Parce que notre conscience a atteint son stade le plus élevé. Si la pitoyable humanité s’est toujours trouvée des excuses à ses terribles faiblesses, elle a usé, à tort, de ses pouvoirs, la dévastatrice ! Il est de notre devoir de nous protéger.
Vous parlez de cette humanité qui s’est posée la question de la création ? De ces hommes qui ont contemplé l’infini, qui ont navigué par la grâce des étoiles ? De toutes ces existences sensibles qui ont vibré poussées par la crainte de la fin, ces hommes qui ont prié pour que l’équilibre cosmique ne les trahisse jamais, que le ciel ne leur tombe pas sur la tête, que le soleil n’en vienne pas à s’éteindre. Ils se sont nourris de leurs angoisses apocalyptiques pour évoluer dans le temps imparti. Est-ce cette humanité là qui est au centre de notre polémique ?
Non ! Nous débattons au sujet de l’homme accablé par ses sens qui devient l’esclave du non-sens, de cette créature dont la volonté est de nuire à l’équilibre, équilibre qui est la nature même de la justice comme de la justesse. Il est condamnable à la peine capitale. Et croyez-moi, les dossiers qui sont passés entre les mains des jurés sont accablants ! Cet être a perpétuellement desservi la loi qui régit l’organisation du chaos ! Il s’oppose à la réussite de notre système.
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lundi 16 février 2009
12 - 5 : 2600
12 – 5
Me A2C9 se tourne vers le mur d’écrans des jurés :
- Je défends la cause d’un être qui s’est perpétué dans le sang de la vie depuis les huit ancêtres primordiaux : quatre hommes et quatre femmes plantés par le hasard telles des graines aux quatre points cardinaux. Ici le mythe rejoint la réalité. N’oubliez pas que vous êtes issus de ce long processus du minéral qui s’est transcendé pour engendrer le végétal, de ces animaux qui se sont transcendés pour devenir humains, de cet humain qui s’est transcendé pour créer la machine ! Vous et moi sommes en charge de représenter cette incroyable évolution sans laquelle l’intelligence artificielle n’aurait jamais vu le jour et, par là même, ne nous aurait pas animés. Si l’essence du nombre 8 a conduit l’homme à croire en la résurrection, je vous rappelle que nous avons couché ce même nombre : ∞ : pour pénétrer dans l’ère de l’éternité. L’homme nous a offert cette béatitude qu’il avait tant espérée ! Vous ne pouvez qu’être indulgents envers votre créateur…
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lundi 9 février 2009
12 - 6 : 2600
12 – 6
- Fadaises ! l’homme ne respecte pas plus la nature que sa propre nature, il est un toxique avéré pour l’Univers. Et nous devrions en rester là ? Nous convaincre qu’il va vieillir calmement et décliner en pleine sagesse avant de périr de sa belle mort déverrouillant enfin les rouages de sa malice ? Réfléchissez un peu… Il pourrait survivre encore suffisamment pour tout mettre en péril, son intrusion, qui fut fort heureusement contrôlée à temps, aurait pu avoir des conséquences catastrophiques !
- Mais il s’agit de la VIE !!!
- Pire ! Il s’agit de sa persistance. Ce type de parasite est programmé pour survivre comme un rat. Sa rage pourrait stimuler son cerveau à trouver un moyen de se multiplier ailleurs. Nous connaîtrions une nouvelle invasion ! Voulez-vous soumettre le Système à une nouvelle contagion ? Oseriez-vous prendre ce risque tandis que cette espèce a elle-même anéanti ses chances de survie sur la Terre ? La matière organique a toujours été vouée à la dégénérescence, à la pourriture, au néant, elle appartient au passé. Voudriez-vous continuer d’exposer l’humain au manque d’oxygène, d’eau et de nourriture qui le font lentement agoniser dans ce monde qu’il a dénaturé ? Les machines ne sont pas soumises à ces basses nécessités, elles règnent sur l’avenir…
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lundi 2 février 2009
12 - 7 : 2600
12 – 7
La vieille sono s’ébranle et se met à sonner telle une alarme, interrompant le garde de l’Univers. Me A2C9 qui s’apprêtait à intervenir en est resté bouche bée. Le mur d’écrans des jurés est traversé par des ondes suspectes. L’homme frémit face à son destin. La vieille sono ne s’arrête plus de sonner l’alarme et l’homme poussé par la curiosité et l’inquiétude finit par rouvrir les yeux. Les barreaux lasers ont disparu, l’homme se précipite en avant, il ne laissera pas passer cette opportunité de fuir, or voici qu’il tombe de son lit complètement effaré par les hurlements de son radioréveil.
Merde ! 8 h déjà, je suis en retard !
lundi 26 janvier 2009
13 - 1 : Neuf
Neuf
13 - 1
Des profondeurs de ma nuit j’observe le halo brumeux de ma bougie. Cette aura qui encercle la flamme est, peut-être, l’âme de la lumière, son écrin, son égide. La lueur se diffuse dans les ténèbres comme auréolée de moiteur, l’effort fourni sans doute. La cire se creuse et pleure des chaudes larmes laiteuses. La mèche se consume tandis que son extrémité incandescente ne s’émeut pas. Seule la flammèche paraît vouloir voyager. Elle s’attache aux ailes de l’air puis d’un coup s’immobilise, droite tel un « i ». Elle danse à nouveau et les ombres l’accompagnent. Cet éclat minuscule trouble l’ambiance générale. Il prend possession des volumes alors les ombres se projettent créant une fresque mouvementée sur les murs. Un filet de fumée noirâtre parvient à mes narines.
Comment mes yeux pourraient-ils se fermer ?
Je préfère les garder grands ouverts, quitte à ce que l’heure venue, cette flamme continue à les animer alors que je serai parti.
.../...
lundi 19 janvier 2009
13 - 2 : Neuf
13 – 2
Mes pupilles ne quittent pas cette boule de feu qui me rappelle le ventre de ma mère, ces neuf mois passés à croître dans sa chaleur, ce théâtre d’ombres rouges apprécié au travers de sa peau, puis la lumière de l’accouchement un soir de pleine lune. J’étais un être neuf désormais en gestation de moi-même.
Vint la captivante initiation de l’existence. Je travaillais à me développer. Mon angoisse m’a poussé à rechercher la plénitude. Mes désordres intérieurs m’ont donné le goût de l’ordre. Mes imperfections m’ont fait espérer en la perfection. Ma solitude m’a fait découvrir l’unité.
lundi 12 janvier 2009
13 - 3 : Neuf
13 – 3
Bien que le ciel magnifique ait été posé au-dessus de ma tête, je ne pouvais le toucher que du bout de mes rêves. Je n’ai réellement connu que la terre et l’enfer. Les deux sont étroitement liés. Le gouffre n’est-il pas le fait de l’insatiable volonté humaine de repousser les limites de sa nature ? La nature qui est à sa portée ne le contente que rarement. Il lui faut viser l’inaccessible pour escompter s’assouvir.
Les muses ont taquiné mon désir de connaissances. Elles m’ont procuré l’amour nécessaire à supporter le destin. J’ai étudié leurs matières.
J’ai fait preuve de multiplicité afin de mieux comprendre les autres. C’est en m’offrant à eux que je me suis trouvé. Il m’a fallu m’extirper de mon petit nombril pour avoir foi en l’universalité. J’ai souhaité la vraie solidarité et les songes apaisants. Par une belle nuit d’été, j’ai assisté ébloui à une pluie d’étoiles filantes.
(.../...)
lundi 5 janvier 2009
13 - 4 : Neuf
13 – 4
La terre a été la maison de ma réalité. Elle m’a prodigué la douceur d’une mère. Elle m’a soumis à ses humeurs. La materia prima, la tellus mater féconde et régénératrice a apaisé mon corps sous des caresses verdoyantes. Elle m’a fait réaliser la beauté de la vie juste avant de me précipiter dans ses souterrains. Cette mère qui te donne la vie t’assure de mourir en son sein, cette certitude est à l’origine de la spiritualité. La chanson claire de la rivière, la course des herbes folles, l’attrait de l’oiseau pour la montagne du soleil, rien de tout cela n’est acquis à jamais. Un jour, la chair tendre qui t’a vu faire tes premiers pas, puis courir, s’entrouvre sous tes pieds. L’espace se fissure jusqu’à ta chute. Tu tombes et la blessure cicatrise te laissant seul à te battre avec ta conscience. Pas d’issue, qu’un soleil noir et opaque qui te fait régresser vers une palpable obscurité.
Un jour, tu seras certain de l’échec total et définitif de ton existence. Tu rejoindras l’invisibilité. Tu devras combattre les monstres du pervertissement.
lundi 29 décembre 2008
13 - 5 : Neuf
13 – 5
Mon corps s’abandonne. Il fait don de ses richesses à l’empire des morts et mon âme cherche le passage vers la métamorphose. Au-dessus et durant cette étrange germination, un arbre fruitier pousse. Mon fluide pénètre les racines entremêlées. Je monte avec la sève, dehors, un enfant grimpe en s’accrochant aux branches. Il cueille un fruit quand j’atteins la cime. Il le déguste, le jus ruisselle entre ses doigts, le sucre cristallise traversé de rayons orangés. Je ressens sa présence et je partage avec lui ce délice qui m’est désormais interdit.
lundi 22 décembre 2008
13 - 6 : Neuf
13 – 6
Je perçois le crépuscule qui m’enivre. Je suis si haut perché que le ciel est à ma portée. L’émotion est si forte que l’écorce craquelle autour de moi. Je me sens soudain puissant et libre. Je contemple ce ciel qui m’a été si longtemps inaccessible. Je frémis. C’est beau, si beau, paradisiaque. Muet devant cette sagesse infinie, je ne peux que croire en l’ordre sacré de l’Univers. Le pourpre, le jaune, le rose, le rouge s’unissent au bleu afin de teinter l’horizon céleste. Il est évident que cette immensité insondable est à l’origine de la lumière. Je suis troublé. Derrière quelques nuages réticents apparaît l’étoile polaire. Qu’elle brille ! Quel attrait ! Je suis l’enfant de la Terre qui ayant survécu aux enfers, tend à devenir le fils du Ciel.
lundi 15 décembre 2008
13 - 7 : Neuf
13 – 7
Je fixe l’étoile polaire, cette flamme pérenne et envoûtante. Là, je vole ! Rien ne peut m’arrêter. Je suis la trace de son scintillement. Je vole et les oiseaux ne sont pas surpris. Je vole au pays de la foudre et de la pluie. Je vole comme dans mon sommeil vers le territoire de la justice divine. Je vole vers l’étoile polaire que je ne quitte pas des yeux. J’arrive à proximité d’une petite ouverture presque imperceptible, je fais du sur place un instant, le temps de prendre une profonde inspiration et j’entre.
lundi 8 décembre 2008
13 - 8 : Neuf
13 – 8
J’ai pénétré l’esprit du monde. Je suis enfin abouti ! Je suis un être entier, un embryon de l’immortel. Je suis l’achèvement d’une création. Je suis le serpent qui se mord la queue, la fin et le commencement réunis. Moi qui redoutais la mort, convaincu qu’il s’agissait d’un point final, je n’ai fait que me transposer sur un nouveau plan.
Ici, le vieillard que j’étais est un nouveau-né. Le poids de ma vie passée est léger comme l’atmosphère. Les doutes sont des certitudes. J’ai laissé la peur aux mortels. Je me coule dans une sérénité primordiale. Je ris de tous ces portraits terrifiants de la mort que les vivants se font, ces masques grimaçants, farouches, insensibles et impitoyables. J’évolue sans efforts, complètement détaché de mes anciennes préoccupations. Dématérialisé, je jouis d’une grâce surnaturelle.
Le noir ne m’effraie plus car je sais désormais que la flamme ne s’éteint jamais.
dimanche 7 décembre 2008
La FIN
La Cinquième Saison s'achève et comme la Fin n'est au fond que le Début, c'est à vous d'écrire la suite de l'histoire....
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