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Félicie semble extrêmement affectée, elle retient ses larmes et ses iris pâlissent dans l’eau de ses émotions. Il n’y a donc que les ombres et les chiens pour rester dévoués aux personnes âgées ? Où sont passés les hommes solidaires ? Ceux qui mêlaient le passé et l’avenir pour vivre le plaisir présent au repas du dimanche. Où sont passés ces hommes qui respectaient le sens des saisons ? Faut-il ne devenir qu’un passant dans sa propre vie ? Accepter de mourir par inutilité ? L’ombre s’est mise à pleurer. Félicie tend le bras vers elle et disparaît étrangement jusqu’au poignet dans la robe obscure. C’est très doux, cela rappelle le songe du paysage idéal qu’elle faisait tout à l’heure, ce même rêve qui l’a conduite au lit, convaincue de pouvoir trouver le repos. Elle ressent que l’ombre lui dit :
- « Si tu le désires, je te laisse aux bras de Morphée et nous nous retrouverons dès l’aube. »
Mais Félicie se met à tendre l’autre bras et pénètre l’ombre comme on entre dans une forêt. Plus elle progresse et plus la lumière se raréfie comme voilée par d’énormes branches.
- « Je crois que c’est à mon tour de t’accompagner. Personne ne m’attend tu le sais bien et puisqu’on m’a laissé penser que je n’ai plus de rôle à jouer dans la société actuelle, je décide de rejoindre ton autre côté, hors du temps je serai plus à ma place. À présent je vais pouvoir rajeunir, redécouvrir, m’enthousiasmer à nouveau pour cet inconnu. Je n’ai pas de regrets quant à mes petites habitudes, d’ailleurs pour une fois je pars en laissant la lumière allumée. Demain, après demain, qu’importe, quelqu’un viendra l’éteindre.
J'admire la lucidité et la sérénité de Félicie. Mais cette nouvelle est tellement d'actualité qu'elle me fait froid dans le dos.
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