lundi 17 mai 2010

9 - 5 : L'étoile flamboyante


9 – 5

Par un petit matin brumeux de rosée et sur l’avis d’Auguste qui était resté à l’intérieur pour observer les mouvements ennemis et distraire les parents, Léon traversa la cave humide où s’esquintaient les toiles de son oncle peintes au couteau. Il se dégagea d’une toile d’araignée et poussa de toutes ses forces sur une porte discrète donnant sur l’avant du jardin. Il rampa jusqu’au parc armé d’un sécateur, alerte et décidé. Sans hésiter, il coupa les têtes royales et les restes des roses jaunes, rouges, roses ou mauves furent balancés dans le terrain riverain. Le parc aux allures magnifiques devint un champ d’amertume et le manège continua jusqu’à l’invasion des pucerons sauvagement préméditée par les garnements, pas vus, pas pris, qui réussirent à discréditer le travail de leurs cousins.

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lundi 10 mai 2010

9 - 6 : L'étoile flamboyante


9 – 6

- « La vengeance est un plat qui se mange froid ! » avait lâché Firmin en se cognant volontairement contre Auguste dans le couloir, les yeux luisants d’aigreur.
Le lendemain rien ne se passa, le surlendemain non plus. Un certain temps s’écoula.

Léon aimait l’heure crépusculaire, la fraîche odeur de la nuit naissante striée de lignes roses, aussi accompagnait-il sa mère dehors. Elle parcourait la pénombre du regard appelant le chat qui ne souhaitait pas rentrer bien que la pâtée soit servie. Le petit garçon en profitait pour visiter son ami Nestor, un lapin à qui il avait épargné la casserole tant son désespoir avait ému sa mère. Léon confiait ses délires enfantins à l’animal qui l’écoutait sans réagir. La lune miroitait timidement entre les nuages déjà noirs. Un petit vent frais s’immisçait sous les chemises intimant l’heure d’un dîner tardif. On posait à peine les bols sur la nappe bleue que le bénédicité d’à-côté était rincé à l’eau de vaisselle. On mangeait simple et sain sans laisser filtrer un mot. La soupe de légumes au lard, où s’imbibaient des morceaux de pain, fumait entre les mains et brûlait les gosiers. Le chat cherchait à rentrer et miaulait désespérément, la queue tendue vers le ciel, à la porte de derrière. Il faudrait se coucher aux sons de ses jérémiades et s’endormir sur une oreille en gardant un œil ouvert.
L’activité physique de la journée avait finalement raison des corps et les enfants sombraient dans un repos réparateur, nécessaire, car le lendemain ne serait pas sans importance.


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lundi 3 mai 2010

9 - 7 : L'étoile flamboyante


9 – 7

La violence attire l’inhumanité.

Le boomerang de la vengeance venait de revenir entre les doigts de Firmin qui s’arrêta un instant sous le sapin centenaire avec un petit rictus satisfait. Il se frotta les mains vigoureusement sur l’écorce chaude, aussi dans les herbes, il les respira puis se composa une mine angélique avant de se diriger vers le perron. Il replaqua sa mèche rebelle avant de rejoindre la cuisine d’un pas de souriceau. Gérôme l’attendait pour sa leçon de calcul.

« Ils sont parfaits ces petits ! » se disait Gisèle en repassant des mouchoirs dans la cuisine.
« Si tendres ! Si calmes ! Si attentifs ! »
Bientôt elle irait mettre l’eau à chauffer pour le thé. Elle irait sortir la boîte à gâteaux de sa cachette. Les galettes de Saint-Michel-Chef-Chef récompenseraient les soustractions et les divisions du moment. Le goûter rosirait les joues de ses enfants idéaux.

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lundi 26 avril 2010

9 - 8 : L'étoile flamboyante


9 – 8

Quelqu’un frappa à la porte.
- « Giselle ? Puis-je entrer ? »
Giselle se tapota le chignon, s’assura que rien ne traînait avant de répondre.
- « Vas-y ! »
Adèle se précipita théâtralement dans la pièce. Elle tirait à bout de bras un Léon rouge et sanglotant.
- « Mon fils vient de trouver son lapin Nestor étripé et pendu par la peau du pyjama. J’aimerais avoir une explication et vite ! »
Adèle, blême, tremblait de colère. Elle envoya un postillon fatal à Giselle qui s’essuya avant de répliquer :
- « Eh bien va trouver la police ! Ici tu n’as rien à découvrir. Quel drame pour un délicieux animal ! Quant à mes fils tu les accuses à tort, ils sont restés à leurs études tout l’après-midi, j’étais auprès d’eux. Comme à leur habitude ils sont irréprochables. »
Firmin et Gérôme se lancèrent des regards entendus.
À court d’arguments, Adèle quitta les lieux excédée. Elle grommela tout de même entraînant Léon dans son élan :
- « Mieux vaut entendre cela que d’être sourd ! »

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lundi 19 avril 2010

9 - 9 : L'étoile flamboyante


9 – 9

De retour chez elle, l’attendait un Auguste aux pupilles hostiles.
- « Je ne pense pas que quelqu’un soit venu de l’extérieur pour crucifier un lapin qu’il n’aurait de surcroît pas volé ! Ce lapin-là, comme par hasard : son Nestor ! Qui d’autre aurait eu accès aux bêtes que Firmin ? Son débile de frangin n’est pas capable d’une chose pareille. Il aurait fait dans sa culotte rien que de tenir un couteau ! Firmin, lui, est suffisamment sadique et méthodique pour avoir dépecé Longues Oreilles ! »
- « Calme-toi mon bonhomme, console plutôt ton frère. »

Celui-ci s’était évanoui dans la nature pour pleurer librement. Il venait de s’effondrer sous le pêcher. Aveuglé par ses paumes, il se vidait de son indignation et reniflait piteusement.

- « Psitt ! Psitt ! »
Embrumé de larmes Léon réalisa à peine ces appels.


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lundi 12 avril 2010

9 - 10 : L'étoile flamboyante


9 – 10

- « Psitt ! Psitt »
Là, il avait percuté. Il tenta de se ressaisir pour ne pas combler d’aise ses affreux cousins s’ils se présentaient.
- « Eh, toi, pourquoi es-tu si triste ? »
La voix émanait de la brèche dans le grillage du voisin. Léon sursauta tandis qu’une tête apparaissait. D’instinct, il recula.
- « Ne crains rien. C’est pour rire. Je me nomme Sarah. Toi, tu es Léon. J’ai entendu ton père t’appeler, il a une voix qui porte. Il est vrai que je t’ai prêté davantage attention depuis que tu m’as offert les roses de votre jardin. Tu as dû te faire sacrément enguirlander pour cela, mais je dois avouer que j’ai compris ton message. Je l’ai estimé très romantique… Voyons-nous demain vers la même heure si tu veux, maintenant ma mère m’attend. »
L’adorable gamine s’était dissoute dans le lierre. Léon resta interloqué par cette rencontre impromptue et singulière. Aussi muet après que pendant, il retourna rassurer les siens de sa présence.

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lundi 5 avril 2010

9 - 11 : L'étoile flamboyante


9 – 11

Auguste vit Léon se transformer en une semaine. Au début, il pensa que ce changement était dû à la mort de Nestor mais les absences répétées de son frère finirent par attirer son attention. Léon multipliait les escapades en solitaire, il semblait absorbé, son esprit vacquait ailleurs lorsque l’on s’adressait à lui. Il était déconcentré, rêveur plus que d’ordinaire. Ce ne fut qu’au terme d’une discussion dominicale qu’Auguste était parvenu à tirer cet étrange aveu de son cadet : « il avait rencontré une étoile, une étoile flamboyante », ce qui ne l’avait ni aiguillé, ni convaincu.

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lundi 29 mars 2010

9 - 12 : L'étoile flamboyante



9 – 12


Auguste fut puni pour avoir poussé Gérôme dans l’escalier alors que celui-ci se pressait d’aller uriner à l’étage inférieur. Le petit gros avait tournoyé avant de s’assommer sur une plinthe. Il était parti geindre. La preuve gonflait sur son front en forme d’œuf de caille. La tante Giselle avait claqué durement son neveu. Ensuite, Adèle s’en était mêlée et les paroles dégénérèrent entre les deux femmes qui s’agrippèrent par leurs tignasses. Les pères accoururent dans l’espoir de les maîtriser. Malencontreusement l’un voulu ouvrir la bouche et l’autre décida de lui fermer le clapet. Les corps se heurtaient du plus jeune au plus ancien et rebondissaient sur les murs comme pour reprendre l’équilibre permettant de nouvelles ruades. Les coups de poings remplaçaient les claques, les ouille ! et les aïe ! occupaient l’espace sonore. La scène ne prit fin que l’éreintement général survenu.
Chacun rentra chez soi, l’œil au beurre noir, claudiquant, revanchard bien qu’épuisé.

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lundi 22 mars 2010

9 - 13 : L'étoile flamboyante



9 – 13


Auguste laissait battre son pied contre le montant du lit. Il observait son frère plier sa chemise sur la chaise en bois dans un recoin près de la fenêtre.
- « Dis-moi Léon, que voulais-tu dire en parlant d’une étoile flamboyante ? As-tu vu une comète le soir où tu pleurais dans le jardin ? »
Léon fit volte-face et offrit des iris étincelants de mystère. Il fixa son frère et alla s’asseoir contre lui après avoir longé le mur couvert de posters d’animaux sauvages blanchis par les agressives après-midi ensoleillées. Désormais, les deux tapotaient en cadence le bas du lit avec leurs talons.
- « Non, je n’ai pas assisté à la montée de l’âme de mon lapin au paradis. J’ai juste rencontré la fille des voisins. »
- « Je ne crois pas la connaître. Me voilà au parfum de ton amourette. Est-elle jolie ? »
- « Je ne sais pas. En tout cas elle réfléchit beaucoup. C’est elle qui m’a parlé de l’étoile flamboyante. L’étoile à cinq branches, celle des bons augures comme des mauvais. Paraît-il qu’elle dispense l’harmonie pour celui qui la repère. Je n’ai pas tout compris…»
- « Je pense surtout qu’elle t’a évité de trop t’apitoyer sur ton sort. Elle t’a donné l’espoir d’un destin moins angoissant. »
- « Je crois que tu te trompes. Je te la présenterai demain. Ainsi vous pourrez en discuter. En attendant, j’ai mal partout. J’ai hâte de m’allonger. »


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lundi 15 mars 2010

9 - 14 : L'étoile flamboyante


9 – 14


Sarah ne s’attendait pas à voir surgir Léon accompagné.
- « Voici mon frère Auguste. »
Elle sourit immédiatement en passant la main à travers le feuillage. Firmin et Gérôme arrivaient au loin et les garçons se tendirent.
- « Venez, passez le grillage. Nous serons mieux chez moi. »
Ils s’exécutèrent et s’évanouirent dans un bruissement de feuilles sèches. Sarah les invita à la suivre, elle fila vers un endroit où les protégeait une luxuriante végétation. Elle grimpa dans une cabane calée entre les arbres. Ils s’installèrent, essoufflés et grisés par leur course.
- « Vous semblez avoir de l'antipathie pour vos cousins...»
- « Ce sont des arrogants sans courage, des faibles et des sournois. »
- « Je ne les connais pas pour arbitrer mais je te trouve bien remonté contre eux. N’ont-ils pas au moins autant de griefs contre vous que vous en avez envers eux ? »
Auguste baissa la tête.

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lundi 8 mars 2010

9 - 15 : L'étoile flamboyante


9 – 15


- « Parlons d’autre chose si tu veux. C’est quoi cette histoire d’étoile que tu as raconté à Léon ? »
- « L’étoile à cinq pétales ? En fait, la nature du nombre cinq exprime la protection qu’apporte la connaissance. Le bien-être issu de la sérénité. La marque du divin qui s’accomplit dans la matière. »
- « Ton raisonnement est trop compliqué pour ma tête ! »
- « L’étoile est un symbole manifestant le nombre cinq qui est puissant dans la nature. »
- « Comment un nombre peut-il être puissant dans la nature ? »
- « Par exemple, regarde tes mains : tu possèdes cinq doigts qui te sont indispensables, n’est-ce pas ? Tu réagis par les signaux que stimulent tes sens qui sont eux aussi au nombre de cinq : la vue, l’ouie, l’odorat, le goût, le toucher. »
Les yeux d’Auguste s’illuminèrent.
- « De même pour les cinq groupes de vertèbres de ta colonne vertébrale : les cervicales, les dorsales, les lombaires, les coccygiennes et les sacrées. »
- « Sacré tu l’as dit ! C’est toi qui m’as l’air d’en être une sacrée ! Tu n’as pas plus simple ? »
- « Si : les couleurs. Les cinq ouvertures de ton visage : tes narines, ta bouche et tes oreilles. Les cinq continents. Je ne te parle pas des cinq premières races, encore moins des molécules de l’eau, etc. Bref, de tout ce qui fait que tu n’existerais pas sans ce nombre magique. »


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lundi 1 mars 2010

9 - 16 : L'étoile flamboyante


9 – 16


Auguste était scié par tant de science.
- « Comment sais-tu tout ça ? »
- « Mon père est passionné par les mathématiques et l’ésotérisme. C’est lui qui ma enseigné le pouvoir du pentagramme. »
- « Es-tu une sorte de sorcière ? »
- « Non. En revanche nombreux sont ceux qui ont péri dans les flammes d’un bûcher pour avoir discouru ainsi. »
Une chute étouffée fut succédée d’un gémissement.
- « Il me semble qu’un intrus vient de faire une douloureuse glissade ! »
Les trois se penchèrent par l’ouverture de la cabane. En bas, Gérôme se tenait la jambe pliée sous le menton et soufflait sur l’entaille superficielle qu’il s’était faite au genou.
- « La curiosité est un vilain défaut, dit-on » maugréa-t-il.
- « Quelle idée réductrice ! Au contraire l’indiscrétion et l’intérêt génèrent d’enrichissantes situations… »
Sarah souriait entre les grimaces.
Gérôme confus se réfugia derrière Firmin. Ce dernier défia l’assemblée perchée du regard. Il se campa solidement sur ses jambes et s’écria d’un air victorieux :
- « Les méchants sont là ! »
Il n’y avait pourtant aucun doute que son alter ego n’en menait pas large.


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lundi 22 février 2010

9 - 17 : L'étoile flamboyante



9 – 17

Sarah sauta la première sur la terre meuble. Elle se réceptionna élastique comme un chat. Dès lors, elle se trouva cernée par une tension désagréable tissée entre le clan d’en haut et le clan d’en bas. Elle se retrouva au centre d’une joute verbale incendiaire, des exhortations fusaient autour d’elle. Des invectives colériques. Les partis ennemis crachaient en sa direction des venins acidulés et fielleux qui finirent par l’ébranler. Elle se boucha les oreilles de ses mains, malgré cela, les propos vipérins la traversaient encore.
Ils ne purent que se taire. Sarah qui avait rassemblé ses forces, avait réussi à crier plus fort qu’eux :
- « Stop ! Êtes-vous devenus malades ? Pouvez-vous, ne serait-ce que m’expliquer l’origine d’une telle discorde ? »

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lundi 15 février 2010

9 - 18 : L'étoile flamboyante


9 – 18


Ils se taisaient. Chacun creusait sa mémoire pour déterminer la cause originelle de leurs tourments. Or ne resurgissaient que des scènes semblables à celle-ci. Pas un point de départ particulier.
Firmin conclut après un soupir :
- « Ça a toujours été ainsi. »
- « Voilà une cause mal définie ! »
- « Oui, mais notre père… »
- « Oui, mais notre mère… »
- « Oui, mais vous dans cette histoire, ne faites-vous que bêtement perpétuer un héritage de rancunes ? »
Ils s’épiaient les uns les autres comme pour sonder la lueur d’une réaction.
- « Ce serait malheureux ! Vous semblez vouloir vous juger sans vous connaître réellement. Ce conflit existant entre vos parents ne vous concerne pas. De mon point de vue, vous payez pour d’autres. Vous devriez avoir le courage de vous découvrir sous un jour nouveau. Plutôt que de vous enliser dans cette fâcheuse facilité, vous devriez chercher à remédier à la haine qui déchire votre famille. Comment pouvez-vous souhaiter vous épanouir dans un contexte aussi malveillant ? »
Silence.

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lundi 8 février 2010

9 - 19 : L'étoile flamboyante


9 – 19


- « N’avez-vous jamais songé à tenter de trouver l’harmonie ? Avez-vous seulement réfléchi à la manière dont vous pourriez rétablir l’équilibre au sein de votre maison ? »
Aucune manifestation.
- « Vous montrez peu de cœur et d’ambition à soigner vos parents. »
- « Et comment voudrais-tu que nous nous y prenions ? »
Le chien-loup assombrissait le ciel peuplé de créatures. Les herbes s’humidifiaient de la luisance de la lune. Sarah rayonnait d’une aura magnétique, ses cheveux sombres et soyeux s’électrisaient de suspense.
- « Comment ? »
Tous ces yeux ronds étaient captifs de sa voix.
- « Tout simplement en vous réconciliant. En faisant l’effort de la compréhension et de la tolérance. Comment ne ressentez-vous pas que ce sang qui coule dans vos veines doit vous unifier, vous renforcer ? Alors qu’ensemble vous pourriez construire, vous ne faites que perdre un temps précieux et une énergie vitale ! »


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lundi 1 février 2010

9 - 20 : L'étoile flamboyante


9 – 20


Auguste sauta de son perchoir. Il aida son cadet à le rejoindre. Vénus apparut dans un voile de nuage. Tous étaient manifestement accablés par ces paroles. Sarah leva les bras et les laissa retomber en une moue dubitative.
- « Mais pour changer, il faut se prendre courageusement par la main. Il faut s’entraider. En avez-vous le désir, la volonté ? Aurez-vous la générosité nécessaire ? »
Piqués à vif, les cousins la toisèrent avant de se radoucir. Gérôme murmura depuis l’obscurité :
- « Nous pourrions essayer ? »
- « Nous pouvons y parvenir ! »
Auguste s’avança vers Firmin qui desserrait à peine les dents. Ils se dévisagèrent et leurs mains s’élevèrent l’une vers l’autre avec une symétrie telle qu’on aurait cru un homme devant son reflet.

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lundi 25 janvier 2010

9 - 21 : L'étoile flamboyante



9 – 21

Ils se tenaient avec poigne quand un signal creva la solennité de l’instant.
Adèle lançait des appels désespérés depuis le potager :
- « Auguste ! Léon ! Où êtes-vous ? Auguuuste ! Léééooon !!! »
Puis un écho incongru répondit depuis le parc :
- « Firmin ! Gérôme ! Avez-vous vu l’heure ? Fiiirmin ! Gérôôôme !!! »
Théodore ne cachait pas son appréhension.
Les garçons se comprirent sans un mot. Ils remercièrent Sarah en l’embrassant et regagnèrent ensemble leur territoire.
- « Nous sommes-là ! »
- « Où ? »
- « Là ! »
Ils apparurent à la lumière des lampes à huile d’une Adèle et d’un Théodore suffocants.
- « Que vous a-t-il pris ? Êtes-vous sourds ou inconscients ? Qu’étiez-vous en train de combiner ensemble ? »
- « Nous étions en train de nous réconcilier. Nous avons gâché assez de saisons et de salive en vaines querelles ! »
Les adultes ne surent quoi riposter, sinon qu’il était l’heure de rentrer.
Sarah vit ses amis détaler en meute vers l’intérieur tandis qu’Adèle et Théodore traînaient au jardin. Elle pensa qu’il faudrait à ces jeunes une forme olympique pour affronter des caractères aussi butés que ceux de leurs aînés dont les voix faiblissaient en s’éloignant :
- « Je suis certain que tes abrutis de fils ont entraîné les miens ! »
- « C’est ça ! Faux cul comme sont les tiens, je ne serais pas étonnée qu’ils aient tout manigancé ! »
…
Une voix claire et quiète s’éleva effaçant leurs persiflages : il était temps pour Sarah de rentrer.

lundi 18 janvier 2010

10 - 1 : Prophétie




PROPHÉTIE

10 – 1

J’habitais au 6 rue du Cherche Midi, dans le 6ème arrondissement parisien, au 6ème étage : 666 - dire si j’étais prédestinée !

Je faisais le tour du pâté de maisons avec mon chien Monsieur lorsqu’un frisson désagréable me saisit. Un étrange courant d’air tournait autour de ma personne et semblait délibérément me suivre quelque soit la direction que j’empruntais.

Monsieur, la truffe collée aux pavés, était obsédé par les potins canins du jour. Je tirais sur sa laisse. Il leva à peine sur moi un œil rétif à la pensée du retour, pourtant, je fis en sorte de contourner l’îlot au trot. Le vent glaçait comme pour mieux me défier. Il virevoltait en ennemi insaisissable, s’échappait, prenait de la distance et resurgissait pour me fouetter de plus belle. Je me pressais pour me mettre à l’abri de ses gifles. Ce fut avec espoir que je me précipitais dans le hall de l’immeuble afin de fuir ses attaques sournoises. Il resta bloqué à la porte. Ivre de colère, il frappait et sifflait de manière infernale, ses cris filtrait par le bas de porte et s’insinuaient jusqu’à mes pieds.

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lundi 11 janvier 2010

10 - 2 : Prophétie



10 – 2

Je soufflais à mon tour, mais de soulagement, intérieurement apaisée par l’édifice en pierre de taille. Mon chien, libéré de sa laisse, détalait dans l’escalier tout en dérapages incontrôlés. J’ignorais le raffut et allais vérifier la boîte aux lettres (factures de ci, pub, facture de ça, pub…). À l’extérieur la tornade officiait. Aux étages supérieurs résonnaient les pattes de Monsieur en cours d’inspection. Bientôt mes pas s’ajoutèrent à cette cacophonie en se répercutant dans la cage d’escalier. J’arrivais essoufflée au terme du 5ème étage avec l’intuition que quelque chose d’anormal se tramait, je levais machinalement les yeux vers chez moi : quelqu’un y avait placardé une affichette représentant je ne savais quelle déesse, puis l’avait balafrée de peinture rouge. L’icône saignait dramatiquement sur ma porte d’entrée. De plus près, je pus constater que le visage du poster avait été soigneusement découpé et remplacé par une photomaton de… MOI !!!

Je demeurais bouche bée, tremblotante d’incompréhension, sidérée, alors que Monsieur vérifiait tous les paillassons. Je l’appelais, après une hésitation à affronter mon clone vénusien peinturluré de sang, nous pénétrâmes entre nos murs réconfortants.


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lundi 4 janvier 2010

10 - 3 : Prophétie



10 – 3


Assise, les jambes croisées, les mains impuissantes, je redoutais l’inconnu. Cette mise en scène malsaine m’inspirait de sombres pensées.

Qui avait bien pu faire cela ? Voilà à quoi se résuma le reste de l’après-midi, à chercher.

Quelqu’un qui préférait afficher son message aux yeux de tous plutôt que de prendre contact directement.

Quelqu’un qui avait travaillé en un temps record.

Qui ? Trop d’idées : pas d’idées.

La nuit était hantée par mon appréhension. Des lueurs folles venues de l’extérieur jouaient dans l’atmosphère épaisse de la chambre. Un silence rare et effrayant planait. Je me sentais épiée, traquée au cœur de la cible que pouvait être ma couche. J’enviais la sagesse des objets qui m’entouraient. Ils ne se laissaient pas happer par la crainte du mystère et du périssable. Sereins et présents, ils me renvoyaient mes émotions sans les partager. Ils m’obligeaient à relativiser l’événement. Au-delà du corps de l’objet vibre son âme silencieuse et complice de l’existence. Il assiste l’Univers sans le contrarier. L’objet n’est pas rebelle. Je le considérais tel un éveillé sous son apparente passivité. Il est composé de matières, il est traversé par le son, il bouge, il déménage, il est choyé ou délaissé : il vit. Or, quelque soit l’endroit où il est, l’attention qu’on lui porte, sa forme ou sa particularité, l’objet est utile. Qu’il aide au concret ou nourrisse le merveilleux, il sert sans manifester. L’objet est un allié qui n’envie rien aux praticiens de la méditation transcendantale, il devient indispensable sans jamais avoir marqué d’ambition personnelle. Il ne réagit pas même devant la mort, pourtant, et comme pour l’ensemble des créatures, un jour, il disparaît.


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